Ljora
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Album de Fälaren (2026)

Fälaren, l’autre surprise norvégienne

Après avoir bouté les Brésiliens hors de la Coupe du monde, la Norvège nous réserve encore une excellente surprise cette année : Ljora, le premier album de Fälaren. Cette fois, pas besoin d’un doublé d’Erling Haaland pour mettre nos défenses à genoux : quelques guitares pleines de fuzz, une solide assise rythmique et un goût prononcé pour les grands espaces font parfaitement l’affaire.

Originaire de Trondheim, les quatre musiciens du groupe viennent d’horizons différents, notamment Ulf Lindgren qui mène une activité d’artiste visuel et d’illustrateur en parallèle de la musique. Une diversité de parcours qui se retrouve dans les nombreux territoires explorés par Ljora.

Fälaren qualifie sa musique de "folkgaze", un croisement entre shoegaze psychédélique, jazz-rock et traditions scandinaves. Il revendique des références allant de Grieg et Sibelius à Sigur Rós ou Kikagaku Moyo... Un mélange suffisamment vaste pour provoquer un accident industriel mais dont le groupe tire une musique étonnamment cohérente.

Enregistré en grande partie en direct, sans producteur ni ingénieur avec eux, Ljora conserve les improvisations et cette précieuse sensation d’entendre quatre musiciens avancer ensemble sans GPS. Dès "Ruinam", le groupe refuse de choisir entre la lumière des paysages nordiques et la puissance du rock. Les passages aériens peuvent soudain se charger de basses, de guitares plus épaisses ou d’élans presque métalliques.

"Leilani Pt. 1" et "Leilani Pt. 2" prolongent cette manière de construire les morceaux par transformations successives. Chaque fois que la musique paraît sur le point de s’installer confortablement, Fälaren change de relief et remet la promenade en mouvement. L’album progresse ainsi sans brusquer ses transitions mais sans jamais s’assoupir devant la cheminée.

C’est dans ses compositions les plus longues et les plus sombres que Ljora impressionne véritablement. "Skækkent" fait se rencontrer folk norvégien, shoegaze et pesanteur grunge dans un morceau de plus de sept minutes qui évoque par instants un Alice In Chains parti se perdre dans les fjords. "Molthra", plus massif et chargé de fuzz, possède également un net versant progressif : sa longue construction fait alterner lourdeur doom, passages jazz-rock et variations atmosphériques avant de revenir à sa pesanteur initiale sans jamais rompre l’équilibre du disque. À l’opposé, "Convallia" et le final "Velora" ramènent une clarté mélancolique comme si le printemps finissait lentement par gagner sur l’hiver.

Le titre Ljora désigne justement une ouverture pratiquée dans le toit des anciennes habitations scandinaves pour laisser sortir la fumée et entrer la lumière. Toute la musique de Fälaren repose sur ce passage de l’obscurité vers l’espoir, du calme vers la tempête, sans que l’un des deux versants prenne définitivement le dessus. La pochette semble elle aussi prolonger cette symbolique en traduisant visuellement le passage de l’ombre vers la lumière qui traverse tout l’album. Malgré ses nombreux mélanges, l'ensemble reste fluides et cohérents.

Loin des rectangles verts, la Norvège sait donc également créer de belles surprises, et Ljora en est une particulièrement éclatante. Ce premier album généreux, aventureux et remarquablement maîtrisé peut réunir les amateurs de rock progressif et de murs de guitares. Comme son équipe nationale, Fälaren ne remportera pas le titre d’album de l’année, mais dans la catégorie qu’il a lui-même définie, le folkgaze, Ljora est assurément un prétendant sérieux.


Kodack1
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le 20 juil. 2026

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