En 1972, Scorpions est composé des frères Schenker, Michael et Rudolf, ainsi que d’un vocaliste d’exception nommé Klaus Meine (ayant fait partie du groupe Mushroom). La section rythmique est composée du bassiste Lothar Heimberg et du batteur Wolfgang Dziony. C’est jusqu’ici un groupe local, de Hanovre mais dont la réputation internationale va vite éclore. Bon, c’est un 1er essai donc très imparfait, loin du hard rock mélodique dont ils vont devenir les spécialistes. Le groupe n’est devenu professionnel que depuis peu de temps et ça s’entend, c’est le revers de la jeunesse, énergique mais aussi confuse. Ici, leur heavy metal se teinte de touches encore psychédéliques, comme dans « I’m goin’ mad » et même progressives : on pense à Yes voire à Pink Floyd surtout dans le dernier morceau à tiroirs « The lonesome crow » de plus de 13 mn et pas pleinement convaincant. On sent une envie d’explorer, de chercher différents territoires musicaux afin de trouver un son qui leur corresponde. Mais l’objectif n’est pas encore atteint, on ne peut leur en tenir rigueur.
Ce qu’on peut en retenir ? D’abord la voix exceptionnelle de Meine bien qu’il parte dans des trémolos inutiles voire des cris dont on se demande bien ce qu’ils font là (« Action »). Ce dernier s’est dit déçu de ne pas être correctement crédité alors qu’il estimait avoir écrit seul la majorité des morceaux. Et puis, 2e atout, et non des moindres, un guitariste au talent fou, Michael Schenker, 16 ans à l’époque (oui, oui !), totalement imprégné de Hendrix et Rory Gallagher. Là aussi l’enthousiasme de la jeunesse le pousse quand même à partir parfois dans tous les sens…Bon, il ne va pas faire long feu dans Scorpions car il va quitter le groupe peu après pour intégrer UFO. Mais quel son il apporte, une telle maturité pour un musicien adolescent, c’est impressionnant. À l’exception de « In search of the peace of mind » (et encore, très épisodiquement), aucun de ces titres ne restera dans leur répertoire live. Michael parti, il restait à Rudolf et Klaus à lui trouver un remplaçant et ils vont tomber pour le 2e album, bien plus maîtrisé, sur un certain Uli Jon Roth. En dehors des fans absolus du groupe allemand et des archéologues de l’histoire du rock, ce disque n’est pas indispensable du tout. Plutôt une curiosité. Les affaires sérieuses allaient débuter avec le suivant.