En 1977, on ne comptait plus vraiment sur les Beach Boys. Improductifs pendant plusieurs années durant les seventies, Brian Wilson était néanmoins revenu pour « 15 Big Ones » en 1976. Le génial créateur souhaitait ensuite se consacrer à son premier album solo qui aurait dû s’appeler « Brian Wilson loves you ». Mais le reste du groupe, comprenant qu’il tenait là un matériel de 1er choix, le pousse à le sortir sous le nom des Beach Boys. Voilà l’origine de cet album qui sort en pleine vague disco, un bel anachronisme bien qu’il mette en avant les claviers électroniques et autres synthétiseurs de l’époque. Brian a pratiquement tout composé, les autres n’ont donc eu qu’à venir poser leurs voix. Mike Love et Al Jardine participent à l'écriture d'un seul chacun ("Let Us Go on This Way" et "Good Time" respectivement ; "Ding Dang" a même été composé durant une jam session entre Brian et Roger McGuinn, le leader des Byrds). J’ai bien aimé leurs albums des années 70 souvent négligés où il y avait tout de même de très bons morceaux (« Sunflower », « Surf’s up » et « Holland ») et celui-ci nous offre à nouveau des moments brillants comme "Love Is a Woman" où Brian, Mike et Al se succèdent au chant, « Mona », "Let's Put Our Hearts Together". A ces ballades, Brian amène aussi des titres pop-rock, « Johnny Carson », "Roller Skating Child","Honkin' Down the Highway"…Brian Wilson voyait cet album comme le meilleur moyen de découvrir les Beach Boys après « Pet Sounds ».
Faut-il y voir pour autant un « trésor caché » de leur discographie à un moment où le groupe ressemblait à une relique des sixties ? Je ne le pense pas. De nombreux critiques et même artistes ont été dithyrambiques à son égard. C’est pour moi un bon album, des mélodies et harmonies vocales somptueuses (avec eux on a l’habitude) ; c’est vrai qu’ils sortaient d’une période disette et que le retour de Brian avait été profitable ; la suite (avec ou plus souvent sans Brian), elle, allait être, c’est vrai, bien moins brillante, se contentant de jouer sur la nostalgie et les vieux tubes inoxydables. On a donc revalorisé cet album compte tenu de ce qui a précédé et de ce qui a suivi. Il n'en reste pas moins de haut niveau et beaucoup d'artistes se contenteraient d'une miette du talent de Brian.