Pas mal ce nouvel album de Jil Is Lucky, vraiment pas mal. Pour un premier album français et après deux albums plein de bon riffs et de mélancolie en anglais, le chanteur se lance dans un tout nouveau genre, à la fois plus cru, et plus poétique.
Écrit comme une véritable histoire, celle de la rencontre entre un homme plus agé et Manon, héroïne de la nuit, Djette moderne, petite parisienne ultra-sexuée.
11 titres écrits comme autant de chapitres musicaux, coupés en trois parties par deux interludes, le tout s'écoute en boucle, même si chaque chanson développe une identité propre. L'album réussit ainsi à sortir de son carcan d'OVNI et de simple concept bobo.
À l'opposé de la notion d'album à tubes, "Manon" s'écoute comme autant de mini-scènes qui se succèdent, à l'image d'un film. L'usage du français ajoute un plus à l'intimité des phrases, les rendant plus accrocheuses, voir racoleuses. Ainsi, c'est l'intimité qui est dépeinte, le sexe et la nudité dans un phrasé accrocheur.
On pense à Gainsbourg tout du long, dans le phrasé comme les sonorités, ou même le sujet, effaçant les barrières de tout tabou. Les clins d'deuils sont nombreux à cette époque rétro, à commencer par les notes en 8-bits (on reconnait certains sons de jeu vidéo appréciables).
Tentative réussie pour ce poète méconnu, qui mérite le détour !