Marbles
7.7
Marbles

Album de Marillion (2004)

«The world's gone mad/ And I have lost touch » : voilà les 1ers mots du morceau qui ouvre ce « Marbles » de 2004, "The invisible man", et le choc est total. Une atmosphère angoissante apparaît d’entrée, bourrée d’effets sonores. Un homme, surmené, complètement désespéré, un être humain parmi tant d'autres, devenu invisible aux yeux des autres et de celle qu'il aime, nous emmène dans sa tourmente. Le titre de l’album joue sur le double sens : le jeu de billes mais aussi la folie (« to lose your marbles » en anglais signifie perdre la boule). Ca y est, on est d’emblée embarqué, pris à la gorge et on sait qu’on tient là un grand album. Le morceau est porté par le chant de Hogarth complètement habité et chargé en émotions, appuyé par une guitare si limpide de Rothery. Ma femme connaissait peu Marillion et quand nous sommes allés au Marillion week-end au Casino de Paris en avril 2025, le groupe a joué le 1er soir l’album « Marbles » et débuter ainsi un concert l’a époustouflée. Dans cet album, le groupe nous raconte en continu une histoire, comme dans les meilleurs albums de rock progressif, en alternant avec brio morceaux longs et fascinants et des morceaux plus courts, merveilles de mélodies efficaces, voire très courts comme des petites virgules musicales.

On retrouve le protagoniste de cette histoire fuyant la réalité et trouvant refuge dans l’enfance, à travers de simples billes qui lui permettent de s’évader. « Marbles I » nous plonge dans cette ambiance rassurante. Malgré ça, le personnage est de plus en plus en proie au doute (« Genie »). Il veut atteindre une « Fantastic Place », un lieu plus sûr que le monde réel qui devrait permettre l’apaisement. Mais l’euphorie déboule et une montée en puissance l’emporte vers un solo inspiré. L’homme cherche toujours ses billes (« Marbles II »), seul moyen de se réconforter quand des vagues se font entendre : « Ocean Cloud » est un sublime morceau de cet album, prog’ par excellence, entre calmes et tempêtes. L’appel de l’océan se fait sentir, se perdre dans cet espace infini, une sorte de liberté sans limite. Les billes volent ensuite dans le ciel (« Marbles III ») et notre personnage reprend confiance dans « The Damage » plus agressif, plus combatif. C’est là que Marillion nous offre deux tubes irrésistibles. D’abord, « Don’t hurt yourself », « beatlesien » en diable, ultra-accrocheur qui semble nous dire de laisser colère et peurs de côté et de profiter du moment présent : « The past will only haunt you/ Live for today/ Each day's an open door ». Et puis, « You’re gone », grand moment en concert quand toute la salle reprend le refrain en agitant des lumières ! « Angelina » avec ses guitares feutrées permet d’envisager une porte de sortie. Mais voilà, la réalité reprend le dessus, plus violente, l’enfance a disparu depuis longtemps, les billes sont perdues à jamais (« Marbles IV »). Comme une réponse à "The Invisible Man", "Neverland" se veut rageur et conclut ce voyage hallucinant. Il faut sortir de sa torpeur, à l'image de cette guitare striant l'espace. Les plaintes de l'homme sont à présent des cris remplis de conviction : « I want to be someone » hurle-t-il. Et là encore, Rothery est impérial.

« Marbles » est sans aucun doute un des chefs d’œuvre de Marillion de la période Hogarth, et même de toute leur discographie, au même niveau que « Brave » paru dix ans auparavant, mais un peu moins sombre. Le groupe y apparaît plus soudé et créatif que jamais : H n’a probablement jamais aussi bien chanté, Rothery est sans aucune contestation un des meilleurs guitaristes de sa génération, toujours dans la note juste et jamais la démonstration gratuite ; et n’oublions pas la rythmique tout terrain de Mosley et Trewavas, enfin les claviers inventifs de Mark Kelly. Tous ces éléments créent une œuvre intelligente, puissante, parfaitement construite et envoûtante. Je l’ai adoré à sa sortie et je continue de me le passer régulièrement. Un album qui existe en version simple et double, avec un ordre des titres un peu différent, dont un « Ocean Cloud » de 18 mn, à conseiller, le voyage est garanti !

JOE-ROBERTS
10
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le 22 avr. 2025

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JOE-ROBERTS

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c'est toujours la même histoire, il y a des morceaux un peu longuet mais toujours pas mal même si on a pas toujours envie de réécouter.

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