C’est souvent la même chose avec Paul. On passe à côté de certains albums de sa discographie (en tout cas le grand public), uniquement car ils suivent des chefs d’œuvre. Par exemple, l’excellent « Off the Ground » en 1993 suivait « Flowers in the Dirt » (1989) et n’avait pas vraiment connu le même sort. C’est injuste mais c’est comme ça. Rebelote avec ce « Memory almost full » qui suit le magnifique « Chaos and Creation in the Backyard » de 2005. Un album que Paul avait enregistré quasiment en solo sous la supervision de Nigel Godrich. Le résultat était somptueux. Le travail sur ce « Memory » avait commencé avant les sessions de « Chaos and Creation » mais avait été interrompu pour se consacrer à ce dernier. Pour la suite, après avoir réécouté ce qu’il avait enregistré, Paul avait adoré et il retrouve donc son groupe de tournée. Il ajoute quelques nouveaux morceaux et nous offre un album gouleyant qui a juste pour moi le défaut d’avoir une 1ère moitié encore plus solide que la 2e. Ca commence avec « Dance Tonight » et là, c’est simplement irrésistible, le meilleur single de Paul depuis 20 ans, léger et entraînant. Dire que la chanson a été rajoutée au dernier moment pour compléter l’album ! Impossible de ne pas se mettre à chanter et danser en l’entendant et c’est ce qui se produit encore à chaque concert de Paul aujourd’hui quand les 1ères notes retentissent ! Le morceau est accompagné d’un clip signé Michel Gondry dans lequel Natalie Portman est venue jouer un fantôme malicieux (ils se sont paraît-il beaucoup amusé à le faire) et Paul gratte sa mandoline au coin de la cheminée, sans doute un hommage à son pote George.
« Ever present past » enfonce le clou et « Only Mama knows » revient à un rock nerveux, les guitares en avant. « Mr Bellamy » se révèle très originale, très complexe au niveau rythmique et harmonique, comme seul Paul l’autodidacte est capable d’en écrire et comme parfois avec lui, le sens complet nous échappe : McCartney imagine un homme perché sur le toit d’un immeuble, contemplant la ville et refusant de redescendre, malgré les suppliques d’une équipe de secours et d’un psychiatre armé d’un mégaphone. Un scénario digne d’un film, qui se déroule sous nos yeux au fil des paroles et des variations musicales. Est-ce une chanson sur un suicide ? Ma femme est une immense fan de Macca et elle imaginait même que ce « Mr Bellamy » pourrait être un chat perché et ça se tient ! Avec Paul, c’est à chacun(e) de tirer les leçons de cette histoire et d’en imaginer, pourquoi pas, une suite car la fin reste bien en suspens, à l’image de ce Mr Bellamy qui ne veut pas descendre. Après cette 1ère moitié de haute volée, la 2e descend d’un cran, tout en étant de haut niveau quand même, à partir de « Gratitude », une chanson portant sur son récent divorce. Cette face est avant tout un medley dans lequel il enchaîne 5 titres. Il ose sur "The End of the End", se voir déjà un pied dans la tombe et parler de son enterrement...Superbe épitaphe ; pas mal d’avoir d’ores et déjà écrit la sienne ! Un dernier morceau, sympa mais anecdotique, «Nod Your Head » a été ajouté, sans doute pour éviter de conclure sur une note trop sombre. Du très bon McCartney et assurément un de ses meilleurs albums des années 2000 à 2020.