Metal Machine Music
4.5
Metal Machine Music

Album de Lou Reed (1975)

Metal Machine Music, sorti en juillet 1975, n’a pas performé dans les charts. Vous apprécierez l’extravagance de l’euphémisme. Séduits par la pochette, sur laquelle trônait un Lou Reed fier comme un coq en tenue de scène, les quelques acheteurs allaient vite déchanter une fois le disque mis sur la platine. Exit les glorieux duos de six cordes de Steve Hunter et Dick Wagner. Metal Machine Music signait la mort des guitares en capturant leurs hurlements de douleur pendant plus d’une heure de supplice. Quatre titres de seize minutes blindés de larsens, sans paroles, sans mélodie et sans rythme, c’était ça, le programme de Metal Machine Music. Jamais les disquaires n’avaient eu à gérer autant de demandes de remboursements. Les théories pour expliquer ce suicide commercial sont nombreuses et elles ne se contredisent pas forcément. Avec Metal Machine Music, Lou Reed achevait d’honorer son premier contrat avec RCA en signant un cinquième album en forme de doigt d’honneur à l’industrie. Mais c’était aussi un objet sincère, produit avec une passion défoncée par un artiste rachitique entre deux hallucinations dans son appartement de Manhattan. En s’inspirant de la musique atonale et répétitive de Stockhausen ou Xenakis, Lou Reed faisait ses adieux à la pop en tentant de tuer son personnage devenu trop envahissant. Il allait devoir s’y reprendre à plusieurs fois. Mais en tant qu’auditeur, me demanderez-vous, y’a-t-il quelque chose à en tirer ? Et bien si vous aimez les effets de la drogue, mais que vous voudriez en bénéficier en toute sécurité, Metal Machine Music n’est pas la pire des solutions. C’est un disque qui a le pouvoir de vous vider la tête, ou de la remplir d’inspiration, Trent Reznor en sait quelque chose. C’est aussi une œuvre prompt à chasser votre entourage et vous couper du monde, et en général vos amis n’apprécieront pas quand vous tenterez de la passer pendant leur crémaillère ou leur goûter d’anniversaire. Comme beaucoup d’artefacts magiques, Metal Machine Music peut changer votre vie, mais il ne faut pas trop déconner avec.


Extrait du podcast "Lou Reed, le pire d'entre eux", disponible ici :


https://graine-de-violence.lepodcast.fr/lou-reed-le-pire-dentre-eux-integral

GrainedeViolence
10

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs albums de Lou Reed

Créée

le 11 mai 2025

Critique lue 4 fois

Critique lue 4 fois

D'autres avis sur Metal Machine Music

Metal Machine Music

Metal Machine Music

10

Eric-Jubilado

6839 critiques

L'objet plastiquement parfait

Avec la version originale" (en vinyle) de "Metal Machine Music", Lou Reed a réalisé l'objet plastiquement parfait : 3 faces de 16'01, la quatrième en boucle infinie, une négation totale de la...

le 16 janv. 2015

Metal Machine Music

Metal Machine Music

1

XavierChan

1027 critiques

Critique de Metal Machine Music par XavierChan

Lou Reed n'a jamais eu l'idée de créer un groupe de rock pour avoir des fans, des groupies. Il confiait que Metal Machine Music était justement un gros "fuck you" à ceux qui réclamaient durant ses...

le 26 déc. 2012

Metal Machine Music

Metal Machine Music

8

Skipper-Mike

76 critiques

This ain't rock 'n' roll, this is genocide

Rappel du contexte : en 1973, Lou Reed sort son opéra rock dépressif Berlin, qui est massacré par une bonne partie de la presse. Bouleversé par cette réception désastreuse pour un projet sur lequel...

le 7 oct. 2017

Du même critique

White Light/White Heat

White Light/White Heat

10

GrainedeViolence

65 critiques

Apocalypse en musique, phase 2

Le deuxième album White Light White Heat sera la dernière contribution de John Cale au Velvet Underground. On le sait, c’est lui qui fut le véritable architecte sonore du groupe, et la relation qu’il...

le 28 avr. 2025

Songs for Drella

Songs for Drella

10

GrainedeViolence

65 critiques

Face à l'adversité

Face à l’adversité, c’est bien connu, on se surpasse, et on reconnait ses vrais amis. Rien de tel qu’un bon vieux drame pour se reconnecter aux vraies valeurs, pour distinguer l’essentiel des...

le 8 oct. 2020

Da Capo

Da Capo

9

GrainedeViolence

65 critiques

Pop progressive et teigneuse

Ce disque méconnu est pourtant l’un des plus atypiques de la période. Dès le premier titre, c’est du jamais entendu : Stephanie Knows Who est une sorte de proto-punk loufoque en mode ternaire, avec...

le 31 déc. 2017