Metal Machine Music, sorti en juillet 1975, n’a pas performé dans les charts. Vous apprécierez l’extravagance de l’euphémisme. Séduits par la pochette, sur laquelle trônait un Lou Reed fier comme un coq en tenue de scène, les quelques acheteurs allaient vite déchanter une fois le disque mis sur la platine. Exit les glorieux duos de six cordes de Steve Hunter et Dick Wagner. Metal Machine Music signait la mort des guitares en capturant leurs hurlements de douleur pendant plus d’une heure de supplice. Quatre titres de seize minutes blindés de larsens, sans paroles, sans mélodie et sans rythme, c’était ça, le programme de Metal Machine Music. Jamais les disquaires n’avaient eu à gérer autant de demandes de remboursements. Les théories pour expliquer ce suicide commercial sont nombreuses et elles ne se contredisent pas forcément. Avec Metal Machine Music, Lou Reed achevait d’honorer son premier contrat avec RCA en signant un cinquième album en forme de doigt d’honneur à l’industrie. Mais c’était aussi un objet sincère, produit avec une passion défoncée par un artiste rachitique entre deux hallucinations dans son appartement de Manhattan. En s’inspirant de la musique atonale et répétitive de Stockhausen ou Xenakis, Lou Reed faisait ses adieux à la pop en tentant de tuer son personnage devenu trop envahissant. Il allait devoir s’y reprendre à plusieurs fois. Mais en tant qu’auditeur, me demanderez-vous, y’a-t-il quelque chose à en tirer ? Et bien si vous aimez les effets de la drogue, mais que vous voudriez en bénéficier en toute sécurité, Metal Machine Music n’est pas la pire des solutions. C’est un disque qui a le pouvoir de vous vider la tête, ou de la remplir d’inspiration, Trent Reznor en sait quelque chose. C’est aussi une œuvre prompt à chasser votre entourage et vous couper du monde, et en général vos amis n’apprécieront pas quand vous tenterez de la passer pendant leur crémaillère ou leur goûter d’anniversaire. Comme beaucoup d’artefacts magiques, Metal Machine Music peut changer votre vie, mais il ne faut pas trop déconner avec.
Extrait du podcast "Lou Reed, le pire d'entre eux", disponible ici :
https://graine-de-violence.lepodcast.fr/lou-reed-le-pire-dentre-eux-integral