Les Doobies avaient été radicalement transformés par l’arrivée de Michael McDonald qui en plus de ses qualités de musicien et chanteur, avait apporté un sens incroyable de la mélodie qui fait mouche. « Takin’ it the Streets » (1976), 1er album avec McDonald, bouleverse le son de la formation. Mais le groupe allait culminer avec cet album phare du son des seventies, un incroyable succès qui a fait grincer les dents des fans de la 1ère heure. « Minute by Minute » ou les Doobies à l’heure californienne en 1978, en plein trip soft rock, parfaitement calibré pour les radios FM, un délice d’écoute. Un album qui a le mérite de mélanger la soul (avec la voix de McDonald), le country rock et la pop. Alors, oui, des fans se sont détourné du groupe, ne s’y retrouvant décidément plus. Mais ils en ont aussi gagné des millions ! La formation se composait alors de Patrick Simmons (membre fondateur, guitariste), Tiran Porter (basse), John Hartman (membre fondateur, batterie), Keith Knudsen (batterie et percussions), Jeff « Skunk » Baxter (guitare) et Michael McDonald (clavier). Les Doobie Brothers sont également épaulés par leurs amis Nicolette Larson (voix, sublime chanteuse injustement oubliée aujourd’hui, proche de Neil Young), Lester Abrams (clavier), Bill Payne (clavier, membre fondateur de Little Feat), ou encore Bobby LaKind (congas et roadie du groupe depuis 1974). Tout ce beau monde contribue à faire de « Minute By Minute » un album d’une rare sophistication, pinacle du son calif’ de la fin de la décennie, un sommet de ce qu’on appelle à ce moment-là l’AOR.
L’efficacité s’y révèle maximale avec un McDonald qui balance hit sur hit, à commencer par le chef d’œuvre « What a fool believes ». Il avait écrit cette chanson avec Kenny Loggins qui en avait juste avant donné sa propre version. Mais c’est bien celle des Doobies qui est entrée dans l’histoire de la musique populaire, tout simplement irrésistible et en même temps raffinée, et qui prend ses racines dans le rhythm’n’blues et la soul qu’adore McDonald. Soyons clair, à cette époque-là, seul Daryl Hall peut jouer jeu égal avec McDonald au niveau vocal dans ce registre de la blue eyed soul (et peut-être aussi Robert Palmer). L’autre tube inoxydable de cet album, c’est la chanson titre, « Minute By Minute », un autre temps fort. Sur un tempo modéré, les Doobie Brothers convoquent le piano électrique de Ray Charles. Les autres contributions de McDonald (« Here to Love You », « Open Your Eyes », « How do the Fools survives ») sont quasi-parfaites, des petites merveilles jazzy-groovy-funky, jouées et enregistrées par la crème des musiciens de l’époque. Et puis, tiens, c’est l’ami Tom Johnston qui vient faire les chœurs sur « Don't Stop to Watch the Wheels », preuve qu’il n’y a pas d’amertume entre eux et que McDonald les a tirés d’un sacré guêpier quand il l’a remplacé. Les contributions de Simmons, plus fidèles aux origines country-blues rock du groupe sont certes moins accrocheuses mais elles permettent d’équilibrer l’album, ajouter un peu de piquant à une musique « McDonaldienne » superbement écrite, jouée et produite mais où rien de dépasse jamais (c’est un peu le reproche qu’on peut lui faire). Des morceaux comme «Steamer Lane Breakdown » et « You Never Change », signés Simmons, restent très agréables aujourd’hui encore.
Cet album a été un raz-de-marée, a raflé une palanquée de Grammy Awards 1979 mais pour moi, leur sommet artistique reste tout de même « The Captain and Me » avec Tom Johnston en 73. Et puis, avec cet album, on comprend que le ver était dans le fruit et qu’avec ce succès phénoménal, la tentation pour McDonald de se lancer dans une carrière solo sera trop forte. Et c’est effectivement ce qui se passera en 82, à l’issue d’une dernière tournée où les protagonistes se sépareront s’en jamais s’être fâchés, au contraire, ce qui est plutôt très rare dans l’histoire du rock. Alors que le punk, la new wave ou encore l’électro de Kraftwerk secouaient la musique populaire, les Doobies avec McDonald montraient un talent et une constante assez incroyables, développant une musique où la mélodie est reine et où le plaisir de jouer reste toujours présent en 2025. Chapeau bas pour avoir su se réinventer d’une aussi belle manière.