Mirage Rock
6.1
Mirage Rock

Album de Band of Horses (2012)

Un mirage qui s’estompe à la lumière du passé

Avec Mirage Rock, Band of Horses semble vouloir tourner une page, explorer des territoires plus lumineux, plus immédiats. Mais en s’éloignant de ses fondations éthérées, le groupe perd en route une partie de ce qui faisait sa singularité. Un virage plus "roots", certes sincère, mais qui laisse un arrière-goût de déception, surtout pour celles et ceux qui ont vibré au son de Everything All the Time ou Cease to Begin.


Dès les premières secondes de "Knock Knock", on sent que le groupe cherche à aller plus droit au but : riffs secs, énergie live, refrains taillés pour la scène. Pourtant, cette frontalité nouvelle semble presque artificielle — comme si Band of Horses jouait un rôle qui ne lui allait pas tout à fait. Là où auparavant les morceaux baignaient dans une ambiance onirique, à la fois douce et tourmentée, Mirage Rock opte pour une clarté un peu trop lisse, qui finit par affadir leur propos.


Certains titres peinent à convaincre : "Dumpster World" ou "Electric Music" donnent l’impression d’esquisses, de morceaux écrits sans grande conviction. L’émotion, cette force tranquille qui habitait leurs albums précédents, s’efface ici derrière une production plus sage, plus convenue.


Cela dit, tout n’est pas à jeter. "Slow Cruel Hands of Time" et "How to Live" viennent rappeler que Ben Bridwell n’a rien perdu de son pouvoir d’évocation. Sa voix, toujours aussi fragile et sincère, réussit encore à toucher juste. Ces morceaux renouent, l’espace de quelques minutes, avec ce spleen élégant qui a longtemps fait la beauté du groupe. Mais ces moments précieux sont trop rares pour réellement porter l’album.


Ce qui frappe le plus, au fond, c’est la comparaison inévitable avec les disques précédents. Infinite Arms avait déjà initié un virage plus pop, mais conservait une richesse émotionnelle et mélodique. Ici, Mirage Rock semble dilué, comme si le groupe avait perdu un peu de son âme en cherchant à faire plus simple, plus "terre-à-terre".


On perçoit une sincérité dans la démarche, un désir d’évolution — mais le résultat sonne comme un pas de côté qui manque de profondeur. Les harmonies sont là, la voix est là, mais la magie opère moins.


Avec une note de 6.5/10, Mirage Rock s’impose comme un album de transition plus que comme une œuvre marquante. Il ne trahit pas totalement l’identité du groupe, mais semble parfois s’en détourner sans pleinement assumer son nouveau visage. Ce n’est pas un échec, mais un disque qui, malgré ses qualités, peine à rivaliser avec la beauté singulière des débuts.


En refermant l’album, on ne peut s’empêcher de penser que ce mirage-là, aussi sincère soit-il, s’évapore vite face au souvenir éclatant de ce que Band of Horses fut capable d’offrir.

CriticMaster
7
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le 15 avr. 2025

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