Alors que beaucoup de spécialistes de Monk s'accordent à décrier l'une de ses dernières périodes, celle de Columbia comme maison d'édition (et Teo Macero comme producteur) en raison du fait que le maître du piano n'innovait plus tellement, ne surprenait plus comme par le passé chez Prestige et surtout Riverside, et bien j'avoue pour ma part apprécier et même remercier Columbia.


Ce Monk là, serein et maîtrisé n'en était pas moins impressionnant pour le mélomane fan de Miles Davis que j'étais mais qui, encore effrayé par certains artistes-mondes, reculait toujours constamment l'inévitable moment de la découverte. Aurais-je pris autant de plaisir qu'au moment de la découverte et encore aujourd'hui si j'avais débuté l'oeuvre (L'Oeuvre ?) Monkienne avec Brilliant Corners ? J'en doute. Même encore aujourd'hui, ce disque divise.


C'est donc en 2014 lors du festival de jazz de Montréal que je découvre de plein pied l'univers de Thelonious Monk avec Monk's dream. Archambault (l'équivalent de la Fnac au Québec si l'on veut) en plus mettait les petits plats dans les grands en proposant des réductions sur un nombre pas possible de disques (dont évidemment, pas mal de disques de jazz), mais je pris le disque de Monk sur le festival. Emplettes souvenirs. Des disques qu'on écoute tranquillement chez soi, pépère quoi.


Et donc je me pris une baffe dès la première piste, éponyme.
Ce jeu entre décalage, petits silences, note "fausses" qui pourtant se complètent admirablement dans l'ensemble que forme la composition. Et bien sûr après coup, le personnage et ses chapeaux. Immanquable. Son style, qui va ressasser continuellement les mêmes mélodies mais sans jamais les jouer pareil d'un disque à un autre. Encore aujourd'hui si je veux parler de Monk, j'essaye de décrire le choc que m'a produit d'emblée ce disque.


Pour autant, Monk maîtrisé et serein certes, mais sans surprises ? C'est passer un peu vite sur la maestria quasiment jouissive de titres comme Bright Mississippi ou Bolivar Blues où le pianiste en plein milieu s'accapare la scène sur de longs solos qui hachurent l'espace et où toutes les notes s'enchaînent en coulant toujours de source. Jouer faux en faisant du juste ? Il n'y a que Monk pour faire ça. Et le pire (le mieux ?), c'est que ça tient. Le mec était fort. Très fort.
Et n'oublions pas Monk en solo juste avec son piano sur Body and soul ou Just a gigolo.


Ce 10 octobre 2017 nous fêtions le centenaire de l'anniversaire de Thelonious Sphere Monk.
Bon anniversaire Monk ! Que ta musique continue de nous toucher jusqu'au bout !

Nio_Lynes
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le 11 oct. 2017

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Nio_Lynes

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