Il est des choses étranges dans le rock, des trucs auxquels on ne croit pas (ou plus) et qui finissent par arriver. Bien sûr, la déception est parfois là (souvent ?) quand on entend parler des retrouvailles d’un groupe qu’on a vraiment aimé dans les années 90, tellement différent des Blur et autre Oasis, même Suede, les têtes d’affiche de la Brit Pop. Pulp avait définitivement « une classe différente » en grande partie grâce à Jarvis Cocker, dandy désabusé et inclassable capable d’écrire de fantastiques paroles. Loin d’un hédonisme éhonté, il y avait toujours chez eux une nostalgie dans leurs chansons voire une légère noirceur ou tristesse. Leur dernier album remontait à 24 ans avec leur « We love life » qui n’avait pas franchement convaincu et dont l’enregistrement avait été compliqué. L’histoire semblait donc définitivement enterrée. Il a fallu une nouvelle tournée du groupe pour que Cocker se rende compte que leur public actuel était loin d’être composé uniquement de personnes de son âge ! Sans doute pas mal d’ados qui ont découvert Pulp grâce à leurs parents.
Et voilà les membres du groupe de retour en studio avec de nouvelles chansons, improbable peu de temps encore auparavant. Bien sûr, le bassiste Steve Mackey est décédé en 2023, ça n’est donc plus tout à fait le même groupe. Ce huitième album enregistré en seulement trois semaines, le groupe l’a intitulé « More » comme une volonté de prolonger l’aventure encore un peu, prendre du plaisir, à travers des titres en grande partie composée durant la tournée 2023. Un groupe qui, sans atteindre le niveau de « Different Class » ou « This is hardcore » tout de même, est capable en 2025 de nous offrir des morceaux fantastiques comme « Spike Island », « Grown Ups », « Got to Have Love » et des ballades renversantes (« Slow Jam », « Background Noise », « Partial Eclipse », « The Hymn of the North »). Des morceaux sur le temps qui passe (Cocker a aujourd’hui 61 ans…), sur la mort (les absents comme Mackey et la mère de Jarvis), les doutes et la difficulté de trouver sa place dans le monde. Même sur les titres les plus dansants et légers en apparence, une certaine mélancolie est toujours présente. Un conseil : écoutez l’album une 1ère fois et la 2e, lisez les paroles en même temps, le voyage vaut vraiment le détour. Un retour inespéré, ça valait le coup d’attendre 24 ans.