Morrison Hotel
7.8
Morrison Hotel

Album de The Doors (1970)

Les Doors reviennent avec un album plus classique qui succède aux expérimentations hasardeuses de The Soft Parade. Plus orienté vers les racines blues du groupe, Morrison Hotel se pare d’une certaine urgence et prend même ses distances avec les aspirations baroques qui peuplaient les trois premiers albums. Par exemple, aucune tentative n’est faite pour livrer un long morceau final, les chansons cherchant plutôt à exsuder l’énergie brute. La structure fait ainsi penser à celle de Waiting For The Sun, tandis que Jim Morrison semble de nouveau pleinement réinvesti. Alternent ainsi hymnes blues-rock à l’immédiateté renversante (l’ouverture « Roadhouse Blues » et la conclusion « Maggie M’Gill », d’une sincérité sans pareille, mais aussi « You Make Me Real », « Peace Frog » et « Queen Of The Highway ») et somptueuses ballades, même si d’un romantisme moins marqué que celles que le groupe interprétait à ses débuts (« Blue Sunday », « Indian Summer »). On retrouve tout de même une ambiance baroque sur certains morceaux, permettant ainsi d’équilibrer l’album : les très mélodieux « Ship Of Fools » et « Land Ho! », fermant et ouvrant respectivement les deux faces du disque, Hard Rock Café et Morrison Hotel – cette séparation en deux parties dotées de noms différents reste néanmoins plutôt artificielle, les deux moitiés n’ayant pas particulièrement d’identités les distinguant l’une de l’autre –, et surtout « Waiting For The Sun », rebut de l’album éponyme qui est pourtant le titre le plus marquant de ce cinquième opus.


Ce virage vers le blues accompagnant l’abandon relatif des ambitions psychédéliques et poétiques qui avaient toujours habité les Doors était clairement une prise de risque, mais la réussite est totale et le groupe excelle toujours autant même sans les sorcelleries de studio. Moins excitant que son successeur, l’immense L.A. Woman qui lui se fondra totalement dans le blues-rock, Morrison Hotel compense par sa plus grande variété et sa cohésion, mettant chaque morceau sur un pied d’égalité sans qu’un seul n’écrase les autres, et s’inscrit comme la parfaite transition entre la moiteur californienne de ses prédécesseurs et l’aridité qui suivra.

Skipper-Mike
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le 5 oct. 2017

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