Après le pseudo-album Lost Sirens en 2013, l'annonce d'une nouvelle tentative plus complète, et avec une formation amputée pour de bon de Peter Hook, pouvait procurer une sensation aigre-douce. S'il était facile d'être sceptique, il n'était pas exagéré de pouvoir espérer un résultat correct de la part de New Order. Après tout, avant ses luttes intestines, le groupe n'avait jamais déçu, et peut se targuer d'avoir produit 5 albums irréprochables ainsi qu'une poignée d'autres, certes un peu moins inventifs, mais tout aussi cohérents et agréables.
Qu'en est-il donc de ce Music Complete? Visuellement, la pochette laisse craindre le pire, avec son hommage raté à Piet Mondrian. Et puis, Mondrian, c'est cool mais on s'en est lassé depuis que ses toiles servent à faire des Vans et des vases. Pour le minimalisme graphique, on ressortira donc Movement, et pour se faire plaisir aux rétines on ira matter les pochettes de Power, Corruption & Lies et Technique au rayon vinyles du Mediamarkt.
Mais parlons musique. L'album s'ouvre sur ce qui devait être un des singles, Restless. Quelques notes de piano, des gentilles nappes de synthé, un riff de guitare acoustique, un refrain qui se veut entraînant. Si l'ensemble n'a rien d'affolant, on se surprend à se laisser entraîner par la ligne de basse, et à garder le refrain en tête toute la journée. Ok pour la radio donc. On se dit quand même que, comparé aux morceaux présents sur Technique, c'est vachement convenu et mou du genou.
Et le souci, c'est que cette impression va se faire ressentir sur tout l'album. Si on prend plaisir à retrouver certaines sonorités typiques du groupe, elles ne sont plus aussi percutantes et prenantes qu'auparavant. Exemple avec Singularity, qui s'ouvre une mélodie à la guitare saturée et un peu dark, qui puise ses racines jusqu'à Joy Division. Pour le reste, lorsque les morceaux tentent de se démarquer par l'utilisation de sonorités plus electro, comme sur Plastic (et son electro-riff-kick-racoleur), celles-ci se révèlent complètement dépassées et mal exploitées. Pourtant, même dans ce cas de figure, il est difficile d'en vouloir au groupe. Comme dit plus haut, ils ont produits tellement de morceaux parfaits que tout est pardonné d'avance. De plus, le morceau Tutti Frutti, ultra fun et grotesque, laisse deviner un sens certain sens de l'auto-derision, derrière ses allures de production pour film porno à la Etienne de Crecy. On se demande donc: cet album est-il vraiment sérieux, ou n'est-il qu'une parodie-hommage au passé?
Pour ma part, j'ai décidé de garder quelques morceaux (Tutti Frutti, Nothing But A Fool, le funky People on The High Line, l'épique Academic), de les écouter avec espièglerie, et de jeter le reste.
Music Complete est donc, pour tout fan du groupe, un album très... incomplet (désolé). Pourtant, il n'est pas difficile d'en apprécier la légèreté ou l'humour, qui donnent finalement lieu à quelques purs moments de plaisir. Pour le reste, qui n'est qu'ennui et platitude, il dépendra de chacun de fermer les yeux et de compenser avec les anciens albums, qui sont la preuve ultime que New Order est et restera à jamais un groupe de légende.