● Rafales de vent à toutes berzingue ●

Oh que je me gausse. Sous prétexte que Miroslav Vitous (basse sur un seul titre), l’un des cocréateurs initiaux du groupe aux côtés de Joe Zawinul et Wayne Shorter est sur le départ, cet album serait considéré comme « un album de transition » ? Ben voyons. En tous cas l’ouverture du disque avec le diabolique et déchaîné (c’est presqu’un rythme de musique électronique ce diable de bestiau !) « Nubian Sundance » et ses bruits de public enregistré comme en live (alors que non, tout était recrée en studio et les bruits du public ont été rajoutés par dessus, c'est trompeur je sais, par contre ça fait son petit effet) sur près de 10 minutes commence comme une belle baffe dans la gueule.


Mine de rien c’est l’époque des chaises volantes dans le groupe entre les musiciens qui arrivent et ceux qui partent à tel point que si l’on devait classifier les différentes périodes, je dirais que nous sommes dans un second cycle après les trois premiers albums où la période avec Vitous laisse donc la place à Alphonso Johnson. Pas un manche non plus Johnson (1), faut dire que le bonhomme à un CV assez chargé et une expérience assez explosive en fin de compte puisque outre sa carrière solo, on le retrouvera aussi bien chez Catalyst que Santana plus tard, Eddie Henderson, Georges Duke, Billy Cobham, Dee Dee Bridgewater, Phil Collins, Wayne Shorter… et donc Weather Report. Excusez du peu.


C’est d’ailleurs au bonhomme que l’on doit les magnifiques lignes de basse d’un groove élégant et sans faille de « Cucumber Slumber », deuxième piste fabuleuse, autre grand titre du disque après le furieux Nubian Sundance, sans oublier le passage vers l’un de ces titres posés et aériens, magiques dont le bulletin météo sait alors toujours nous gratifier magistralement à cette époque, « American Tango ». L’inspiration se révèle constamment sans faille, élevant ce 4e album au même niveau que le magistral troisième, « Sweetnighter ». Et l’on peut penser sans problème y trouver son jumeau quelque part (2). Sur la piste éponyme, les pas de danse s’esquissent avec une touche d’incertitude chère au groupe tandis que « Blackthorn Rose » se révèle d’un romantisme des plus efficaces.


Le plus fascinant en fin de compte avec le recul c’est la volonté de l’album de nous emmener en seconde partie dans quelque chose au delà du groove et du cool, esquissant un virage surprenant vers un aspect presque mystérieux de sa musique, se drapant volontiers dans les brumes et le vent (3) alors que tout avait commencé furieusement sur les chapeaux de roue. Probable que l’enthousiasme ressenti à l’écoute de cet album provient d’une volonté quasi palpable de nous faire ressentir de la texture, de la matière sonore, presque cinématographique par moments et surtout à nouveau, de nous emmener sur les berges du rêve.


Là est la puissance d’imagination du Weather Report de cette glorieuse époque des 70’s.


======


(1) Pardon, c’était facile, je le referais plus.


(2) Ce sont d'ailleurs mes deux albums préférés de WR.


(3) Sur « Scarlet woman », Zawinul n’hésite d’ailleurs pas à produire des effets de vent au synthé.

Nio_Lynes
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Chroniques Jazz / Jazz-rock / Jazz-funk...

Créée

le 24 sept. 2021

Critique lue 246 fois

Nio_Lynes

Écrit par

Critique lue 246 fois

5
3

D'autres avis sur Mysterious Traveller

Mysterious Traveller

Mysterious Traveller

9

Nio_Lynes

le 24 sept. 2021

Suivre

● Rafales de vent à toutes berzingue ●

Oh que je me gausse. Sous prétexte que Miroslav Vitous (basse sur un seul titre), l’un des cocréateurs initiaux du groupe aux côtés de Joe Zawinul et Wayne Shorter est sur le départ, cet album serait...

Mysterious Traveller

Mysterious Traveller

8

xeres

le 24 juil. 2025

Suivre

Critique de Mysterious Traveller par xeres

Weather Report – Mysterious Traveller – (1974)Avec « Mysterious Traveller » on reste du côté des bonnes cuvées, l’effectif tourne encore, avec Miroslav Vitous qui prend la tangente et laisse la place...

Du même critique

Un grand voyage vers la nuit

Un grand voyage vers la nuit

5

Nio_Lynes

le 21 févr. 2019

Suivre

Demi voyage nocturne

C'est toujours frustrant de voir un film avec de grandes possibilités gâchées par plein de petites choses. Et en l'état, même s'il est rare que je me livre à l'exercice de la chronique négative, je...

Üdü Wüdü

Üdü Wüdü

9

Nio_Lynes

le 25 avr. 2017

Suivre

Cri barbare

Üdü Wüdü comme les deux albums qui suivent sont de nouvelles directions pour Magma qui cesse momentanément ses trilogies en cours. Le premier volet de Theusz Hamtaahk est par exemple fini dans son...

If I Could Only Remember My Name

If I Could Only Remember My Name

10

Nio_Lynes

le 29 août 2018

Suivre

Musique au crépuscule

« Quelques jours après le début des répétitions, je passai par Novato pour rendre visite à David et Christine. Ils habitaient une grande maison de campagne avec Debbie Donovan et un certain...