Oui, j’ai aimé le Poison des années 80, glam rock à mort avec des tubes à la pelle qu’on se passait à fond les ballons quand on était au lycée. Mais les temps changent, les modes évoluent et le groupe s’est transformé : exit le guitariste C.C Deville pour cause d’addiction aux drogues et hello à Ritchie Kotzen, sacré guitariste qui apporte un nouveau son au groupe. Voilà en 1993 un groupe qui affirme sans hésitation une identité hard blues («7 days over you », « Bastard son of a thousand blues »), du gros rock qui décrasse les écoutilles avec « The scream », « Body talk », « Bring it home », « Strike up the band ». D’entrée « Native Tongue » et ses percussions puissantes, cherche à explorer de nouvelles ambiances musicales, assez éloignée de « Open up and say…ahh ! » juste cinq ans auparavant. En gros, l’envie de revenir à un son plus roots. Quinze titres peuvent sembler roboratif et c’est bien le seul reproche qu’on peut faire à cet album sacrément solide. Trois ballades au menu et elles sont magnifiques ; ça, Poison sait y faire : « Stand », renforcé par une chorale gospel et de sublimes mélodies à la mandoline, « Until you suffer some (fire and ice) », « Theater of the soul », des titres qui vous font plonger dans les racines du sud des États-Unis. La production est classieuse, la voix de Bret Michaels est superbe sur tout l’album et Kotzen nous démontre ses (grandes) qualités de guitariste. C’était sans doute la fin de l’apothéose de Poison, la suite allait être bien plus compliquée. J’avais beaucoup aimé cet album à sa sortie malheureusement paru dans une indifférence générale, en pleine vague grunge. Ce heavy hard rock blues avait quelque chose d’intemporel et en cela, il n’intéressait plus grand-monde à ce moment-là. Injuste mais le business du rock l’est souvent…Cependant, ce « Native Tongue » a très bien vieilli et je l’aime toujours beaucoup. 7.5 si j'avais pu.