Il y a des disques qu’on écoute, et d’autres dans lesquels on entre comme dans un rêve brumeux. Nepenthe de Julianna Barwick appartient à cette seconde catégorie : une liturgie douce, bâtie de boucles vocales qui se superposent comme des couches de givre sur un lac figé.
Enregistré en Islande, l’album semble imbibé de silence et de lumière pâle. La voix de Barwick, multipliée jusqu’à devenir murmure d’église abandonnée, touche sans expliquer, console sans parler. Il n’y a pas de texte ici, mais une langue ancienne, celle des émotions diffuses, des deuils doux, des renaissances calmes.
Certes, l’ensemble frôle parfois l’homogénéité. Tout se tient dans une même nuance, sans heurts ni aspérités. Mais cette constance est aussi sa force : Nepenthe ne cherche pas à séduire, il enveloppe. Il apaise.
Je lui donne 8/10 pour cette capacité rare à suspendre le temps, à soigner sans poser de mots. Un disque comme un souffle chaud sur une nuque glacée — discret, mais inoubliable.