Note personnelle : 7.5/10
À plus de 70 ans, Paul McCartney livre avec New un album qui n’a rien d’un baroud d’honneur. Au contraire, il y insuffle une vitalité étonnante, entre regard vers l’avenir et clins d’œil assumés au passé. Le disque se veut à la fois accessible, pop, et parfois audacieusement intime. Et si tout n’y est pas parfaitement équilibré, l’ensemble témoigne d’un artiste qui continue de créer avec sincérité et curiosité.
L’une des particularités de New réside dans sa production à plusieurs mains : Paul McCartney a fait appel à quatre producteurs différents – Mark Ronson, Paul Epworth, Giles Martin et Ethan Johns – chacun apportant sa propre couleur. Ce choix permet à l’album de varier les ambiances et d’éviter la monotonie, mais il en découle également une certaine fragmentation.
Par exemple, “Save Us”, produit par Epworth, ouvre l’album avec une énergie brute et urgente, quasi rock alternatif, tandis que “Hosanna”, produit par Johns, plonge dans une atmosphère plus dépouillée et introspective. Cette variété est plaisante, mais elle rend l’écoute parfois un peu morcelée, comme si New cherchait sa cohérence sans toujours la trouver.
Parmi les moments forts de l’album, “Queenie Eye” se démarque nettement. Ce titre, à la fois énergique et théâtral, capture l’essence du McCartney joueur et inventif. Le rythme bondissant et le motif de piano presque enfantin contrastent avec une structure mélodique très efficace. Inspiré d’un jeu d’enfants britannique auquel il jouait à Liverpool, le morceau mêle souvenirs d’enfance, inventivité musicale et un petit clin d’œil au psychédélisme des Beatles période Sgt. Pepper.
Le refrain accroche immédiatement, et les arrangements – notamment le pont un peu fou, presque surréaliste – rappellent que McCartney sait encore surprendre. Ce genre de titre donne au disque un vrai relief, en particulier lorsqu’on le compare à des chansons plus convenues.
C’est ici que mon ressenti se nuance : si plusieurs titres séduisent par leur fraîcheur ou leur émotion, d’autres peinent à laisser une trace durable. “Looking At Her”, par exemple, commence de manière prometteuse avec une ambiance feutrée et sensible, mais s’enlise un peu dans une construction prévisible. “Everybody Out There”, malgré un refrain fédérateur, sonne plus comme une tentative de chanson de concert que comme un morceau vraiment inspiré.
Cela ne veut pas dire que ces titres sont mauvais – loin de là. Ils restent solides, bien produits, agréables à écouter. Mais ils manquent parfois de cette étincelle, ce petit grain de folie ou de profondeur émotionnelle que McCartney a su offrir dans le passé.
Ce que je retiens surtout de New, c’est la joie de créer qui traverse l’album. McCartney ne cherche pas à prouver quoi que ce soit, ni à se hisser au sommet des charts à tout prix. Il compose et chante avec une forme de liberté tranquille, sans cynisme ni nostalgie excessive. Le disque est lumineux, généreux, accessible, et cela suffit déjà à en faire un projet attachant.
New n’est pas un chef-d’œuvre, ni une révolution dans la discographie de McCartney. Mais c’est un album qui respire la sincérité, la vitalité et une vraie curiosité artistique. Il y a des moments d’éclat, d’autres plus en retrait, mais dans l’ensemble, l’écoute reste plaisante, portée par un artiste encore habité par le goût du jeu et du son. Un disque imparfait, mais profondément humain – et cela mérite amplement un 7.5/10.