Le quatuor de Vancouver nous avait laissé sur deux albums d’Alternativ'Pop pur sucre, assez hypnotique et échappant à verser dans la guimauve. Swin Slowly (2019) puis Eternal Embers (2023), -auxquels on peut ajouter l’EP Visions (il y a bientôt dix ans), tout juste maladroit dans sa prod mais prometteur artistiquement-, possédaient, chacun, un petit goût de reviens-y. Une pop alternative aérienne qui, sans jamais rien réinventer, donnait plutôt envie de replonger la main dans le paquet. Pathways est donc une déception. La petite gourmandise qui les aura perdu ?
Premier single ("Hesitate") paru il y a… 11 mois ! Parutions régulières depuis, jusqu’à avoir 50% du prochain album déjà en ligne avant la sortie de l’opus physique. Et pas une mélodie, (presque) pas un arrangement pour caresser délicatement les esgourdes. Pas un riff de guitare pour emballer le tout. On aimerait un son de batterie plus acoustique, comme sur les live-studio disponibles sur la toile. Le caramel dégouline de toutes part et colle aux dents comme aux oreilles. Parce que, oui, malgré tout on se surprend à garder en tête des morceaux, pourtant pas bien transcendants, tels "By Your Side" ou "Up All Night". Des mélodies convenues, des textes plutôt mièvres, thématiques déjà visitées, en mieux, par eux même. Ça fait beaucoup de petits moins sur la note finale, avant même d’écouter le tout comme un ensemble. Côté production, c’est assez conventionnel. La plage dynamique reste faible (Meltt n’a plus échappé à cette mode de Visions), tout juste, on note une moindre compression d’ensemble sur le Master. Cet effet de style pouvait, sur les disques précédents, agresser les esgourdes sur les séquences finales et les refrains.
Je me suis toujours demandé si un artiste (ou un groupe) avait conscience de se fourvoyer complètement après avoir proposé des projets qui se tenaient dans leur globalité.
Un groupe de rock alternatif hallucinant, passionné par les riffs puissants, les arrangements colorés, une production soignée dans les moindres détails et, par-dessus tout, une écriture musicale aux multiples facettes. Laissez-les peindre votre paysage sonore et vous emporter dans un rêve éthéré.
C’est ainsi qu’ils se définissent (source : site officiel du groupe). Et clairement Pathways échappe quasi totalement à cette description. Un petit caillou sur le parcours. N'en doutons pas. Chris Smith, James Porter, Jamie Turner, Ian Winkler semblent ici s’auto-pasticher. Plus rien de puissant, ni d’alternatif, ni même de rock. La filière serait-elle déjà épuisée ? Meltt n’a plus grand chose d’aérien. L’album est lent, lourd. L’ennui semble même gagner les lignes vocales de Smith, de plus en plus coincé en voix de tête. La voix n’est d’ailleurs pas particulièrement détachée du reste de l’instrumentation. Quant aux couleurs… à part sur la pochette, on les cherche. En vain.
Tout juste "The Huntsman" relève un peu la sauce, évoquant le Coldplay des débuts. Et c’est finalement quand les canadiens s’aventurent dans un style et des sonorités plus acoustiques et organiques ("In Good Time"), que l’on retrouve un charme. "One Life" est également un petit exhausteur. Plus atmosphérique. Autrement dit, les trois plages les plus courtes de l’opus en sont la substance la meilleure. Et deux de ces trois ouvrent et referment l'album.
Et c’est vraiment dommage. Ils tournent non-stop chez eux et dans toute l’Amérique du nord depuis plusieurs années. Ils ont découvert le vieux continent il y a quelques semaines pour quelques dates en de très petites salles (à Londres, Cologne, Amsterdam ou au Supersonic à Paris,… on n’est sur du confidentiel !). Difficile d’imaginer que Meltt puisse, avec ce nouvel album, sortir de l’anonymat en Europe.