Un groupe de Pop psychédélique aux frontières du baroque, jamais complètement barrée, lointaine cousine des Beach Boys, contenant pas moins de 20 membres, Texans, vêtus de toges, mené par un gourou fondateur, Tim DeLaughter. Pourtant, bien qu’au cœur du Texas conservateur, rien ici de particulièrement religieux ou de sectaire. Sauf à penser que jeter des mantras célébrant la lumière et l’espoir dans ce monde qui est le nôtre au XXIè siècle, est une foi en soit ! Foi, sans doute, plus en la vie et en l’homme qu’en un être supérieur.

À peine peut-être peut-on les soupçonner de se complaire à prolonger l’esprit du Summer of love, un demi siècle plus tard. Une notoriété moindre que celle de Midlake, leurs voisins de Denton. Malgré deux titres de leur premier album apparaissant sur la bande originale de Eternal Sunshine of The Spotless Mind (Michel Gondry, 2004) et l’invitation à ouvrir pour David Bowie lors du Reality Tour en 2003. quand on prend une page du livret pour remercier nominativement ses fans, même écrit en très petits caractères, c’est que, d’une certaine façon, ils ne sont pas légion.


Salvage Enterprise est un album finalement assez indescriptible. Il est juste beau. Vraiment beau. Envoûtant. Contemplatif. Apaisant. Presque cinématique. 20 musiciens et/ou chanteurs, mais un champ sonore jamais saturé. La pop orchestrale ce n’est pas nouveau. Initiée en 66 par les Beatles et les Beach Boys. Mais depuis lors, l’on convoque des musiciens de session et arrangeur. Intégrer au line-up, large chorale, violons et violoncelles, trombones et trompettes, harpe, flûtes et autres Cor Français… reste rare si ce n’est inédit. Chacun apparaît par petite touche dans l’arrangement global au cœur d’une prod’ assurément aérienne signée d’un DeLaughter également auteur de l’Artwork. Tim a un vrai don pour la mélodie. Mélancolique et lumineuse, simple mais jamais convenue ni surannée. Les textes, eux, sont donc plutôt empreints de positivisme. Ce qui n’est pas si courant dans la pop. De sa voix comme de son récit, émanent la lumière, la couleur et la douceur. Quasi absence de l’usage de la première personne du singulier, si ce n’est sur la piste de clôture, "Morning Sun, I Built The Stairs".


Yesterday finally moved me, I built the stairs, Tomorrow gives a thousand new reasons, I wanna share.

Pour conclure, résumer le propos, d'un album s’adressant à la communauté humaine en lui rappelant ses fondamentaux, à commencer par l’improbabilité de sa propre existence. En perspective au cœur du cadre tout aussi hypothétique dans lequel se déroule cette dernière ! En harmonie lumineuse avec la musique et les arrangements, en 43 minutes à planer au dessus du monde.


Après dix années de pause, et un disque qui fut pénible à mettre en boite (dixit son grand manitou), règne, ici, une sensation de plénitude, de sérénité tout au long des neufs plages. Neuf nouvelles sections devrions-nous dire. Puisque, outre les accoutrements, et la forme du projet, The Polyphonic Spree se démarque en considérant son œuvre comme un tout. Cet album reprend donc là où s’arrêtait Yes, It’s True. À la section 44.

D’aucuns disent qu’ils ont perdu de leur superbe. L’ensemble ici, seraient un peu trop léthargique. Peut-être qu’en faisant le voyage inverse, à savoir prendre Salvage Enterprise comme porte d’entrée avant de remonter le fil de la discographie, c’est bien ce dernier qui paraitrait sublimé de sa propre cohésion. On pense à Pink Floyd (époque Division Bell). Aux Beach Boys post Pet Sounds. Aux Who de Quadrophenia. À Crsoby Stills & Nash. Quelques montées orchestrales à la "A Day in The Life", comme un hommage plus qu'une citation. À Beck ou Villagers. Mais ne pas réduire les Spree à ces références. Malgré le titre de l’album, cet opus n’est pas une entreprise de récupération. En tout cas pas au sens premier du terme.


Et si ce disque était un nécessaire ? Un contre pouvoir aux tirants et à la société puante d’individualiste ?… Un espoir. Oui, un espoir.


NeWan
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le 20 juin 2026

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