On peut sans problème classer cet album dans celui des meilleurs albums live des années 70, au côté du « Live Bullet » de Bob Seger, « If you want blood » d’AC/DC, « Live and Dangerous » de Thin Lizzy, « One more from the road » de Lynyrd Skynyrd ou encore « Live at Leeds » des Who et « Made in Japan » de Deep Purple (liste non exhaustive bien sûr). On est ici dans le très lourd, au sens littéral. Suite à la dissolution des Small Faces, début 69, le chanteur guitariste Steve Marriott fait appel à Peter Frampton, jeune guitariste (19 ans) qu’il avait vainement essayé d’intégrer à son ancien groupe ; ils sont rejoints par le bassiste Greg Ridley et Jerry Shirley, un batteur d’à peine 17 ans avec, à la clef, le lancement de Humble Pie, groupe bien oublié et c’est vrai que leurs débuts sont difficiles avec la sortie de plusieurs singles mais le succès reste limité. Marriott décide alors de ralentir le tempo et monter les décibels, en particulier en concert. Le résultat ? Un blues rock à tendance hard, très sauvage, ni plus ni moins. Ça n’est pas la vitesse d’exécution qui compte ici mais la lourdeur et la profondeur du jeu. Et le succès va être énorme ! Les 28 et 29 mai 71, ils jouent dans la mythique salle du Fillmore de New York et embarque tout sur leur passage.
Frampton illumine tout du long ce live incendiaire de son jeu brillant et cependant, quand cet album sortira, il aura déjà quitté le groupe à cause de tensions de plus en plus fortes avec Marriott. Mais la rythmique du groupe est absolument imparable. Humble Pie nous offre un mélange de soul et de hard rock en seulement 7 titres dont un « I Walk on Gilded Splinters » repris de Dr John qui dépasse les 23 mn ! Quant au « Rollin’ Stone » de Muddy Waters, il accroche les 16 mn, un blues lent où Marriott fait chanter le public et s’accélérant brutalement vers la fin, ahurissant ; on a l’impression d’un coup d’un train qui s’emballe. Un seul morceau original (« Stone Cold Fever ») et 6 reprises de rhythm’n’blues chauffées à blanc, dont le fantastique final sur « I don’t need no doctor », un peu comme si Ray Charles s’étaient coincés les doigts dans une prise électrique ! Evidemment, quelques années plus tard, les groupes punks ont détesté ce genre de groupe virtuose mais jamais poseur, comme ils haïront les groupes de rock progressif, ce qui a contribué à faire oublier Humble Pie. Avec ce live, j’ai toujours trouvé que Humble Pie était un précurseur du stoner (pour la lenteur et la lourdeur) et même du doom metal où on retrouve certains de ces éléments. Black Sabbath a apporté un tout nouveau son à la fin des années 60, c’est vrai, mais il ne faut pas oublier le groupe de Marriott, un peu injustement passé aux oubliettes aujourd’hui. On est ici dans la même famille que Mountain et Free.