Pet Sounds
7.9
Pet Sounds

Album de The Beach Boys (1966)

The right thing I can put my heart and soul into

Chronologie The Beach Boys - Part. 11 : https://www.senscritique.com/liste/chronologie_the_beach_boys/4141338


La première fois que j'ai écouté "Pet Sounds", il y a quelques années, j'ai été déçu.


Dans mon imaginaire , les Beach Boys étaient un groupe fun et énergique, à l'image de "I get around" ou "Surfin USA", (voire "Wouldn't it be nice", la seule chanson du disque que je connaissais un peu), et "Pet Sounds" étant considéré unanimement comme le meilleur album du groupe et même un des meilleurs jamais créés , je pensais qu'il serait l'incarnation parfaite et totale de cette image. Ainsi, découvert sans contexte et sans recherche, j'ai été fort surpris par cette orchestration ultra riche et ce ton d'une mélancolie totalement inattendue. Je me souviens avoir quand même beaucoup apprécié "Sloop John B." , seule chanson qui correspondait un peu à mes attentes , mais au final la moins à sa place dans l'album, et je suis passé à autre chose. Ponctuellement je tentais d'écouter d'autres albums du groupe , en général plus anciens, qui m'ont tous plus parlé que "Pet Sounds" globalement, mais les Beach Boys restaient quand même un mystère à mes yeux, dans leur fonctionnement, leur développement, leur identité...


En 2025, peu avant la disparition de Brian, j'ai décidé de commencer par la base, "Surfin Safari" , et si jamais ça se passait bien de continuer dans l'ordre chronologique histoire d'en avoir le cœur net et définir un avis une bonne fois pour toute, en essayant de me documenter un peu en parallèle. Je m'en suis trouvé carrément bouleversé , arrivant d'une traite jusqu'aux années 80, incapable d'écouter autre chose pendant des semaines, me levant la nuit pour mettre certains morceaux, avec cette impression d'avoir soudain découvert une mine de diamants qui dormait sous mes yeux depuis des années. Je suis fasciné par chaque phase des Beach Boys jusqu'à présent, des débuts à la fin, des bonnes aux moins bonnes, c'est ce qui m'a poussé à faire cette chronologie / rétrospective. Pourtant , j'ai toujours eu une espèce de crainte à redécouvrir "Pet Sounds". Je l'ai réécouté, en pensant avoir une révélation maintenant que j'avais le contexte en tête, mais en toute franchise ça n'a pas été le cas. Les albums d'après et d'avant m'ont transpercé le cœur, même "SMiLE" , que je suis encore en train de décortiquer à l'heure où j'écris ces lignes, mais "Pet Sounds" demeure une entité à part, une sorte de mystère.


Essayer d'aborder "Pet Sounds", c'est aussi pour moi se demander ce que sont les Beach Boys. Parce que comme Brian l'a dit lui même , "Pet Sounds" pourrait sans problème être son premier album solo. Les Beach Boys ne jouent quasiment pas sur cet album, et les moments où ils le font semblent presque forcés dans le principe, comme sur "That's not me" , seul morceau où le groupe joue la quasi-totalité des instruments. Quand Mike ou Al ont le lead, ça semble forcé, pas adapté à leur identité , comme si Brian voulait les rassurer ou se sentait obligé de les faire participer. Il n'y a que la prestation de Carl sur "God only knows" qui semble couler de source, ce qui n'est pas étonnant tant sa voix semble être une version plus innocente et claire de celle de son grand frère. A l'inverse on entend jamais Dennis , dont la voix plus brute et écorchée aurait il est vrai semblé complètement hors sujet ici. Du coup on a affaire à un album auquel les Beach Boys n'ont quasiment pas participé, et qu'il est impossible de reproduire en live. De manière assez inexplicable je dois le dire cet aspect est réellement un frein pour moi pour pouvoir l'apprécier pleinement. Je n'ai pas lu des dizaines de livres sur le sujet, mais au vu des articles et vidéos que j'ai pu voir, j'ai cette impression d'un groupe qui rentre de tournée, et qui , hébété, se prend cette espèce de montagne d'arrangements complexes totalement déconnectés de la musique qu'ils pratiquaient 1 ou 2 ans auparavant dans la gueule , comme des chevreuils pris dans les phares d'un camion. Parce que c'est aussi ça qui me fascine avec ce groupe, on parle déjà de leur onzième album là, alors qu'en réalité leur premier est sorti moins de 4 ans auparavant. Carl Wilson n'avait au moment de l'enregistrement de "Pet Sounds" que 19 ans.... Comment prendre du recul , analyser le développement artistique de leur leader et grand frère de même pas 24 ans, unanimement considéré comme un génie, alors qu'il ne vient même pas en tournée et se met à composer des chansons de son côté sous haute doses de drogues hallucinogènes?... Seul Mike semble émettre des réserves directement, notamment au sujet des paroles de "I know there's an answer", un peu trop pro-drogue à son goût, et cela met d'autant plus en avant le caractère encore fragile de Brian qui peine encore à totalement se battre pour aller au bout de son cheminement. Ce dernier a clairement des idées et parti pris très forts , très tranchés, et semble le vent en poupe quand il suscite l'admiration (le Wrecking crew lui va comme un gant) , mais a l'air totalement désarmé quand il ne se sent pas soutenu (la pochette la plus hors sujet de tous les temps, vraisemblablement une idée de Capitol pour séduire le jeune public).


"Pet Sounds" n'est à mes yeux pas vraiment représentatif de la discographie des Beach Boys, mais c'est en revanche un sommet de création artistique, de concept , d'orchestration et d'émotions de la part de Brian Wilson , le songwriter / interprète. On atteint l'apogée de ce que ce garçon de 23 ans est capable de créer , en projetant à la face de l'auditeur ses doutes , ses peines et son génie avec 10 fois la puissance de ce qu'il avait commencé à faire dans "Today", chose que sa maison de disque essayait en vain de contenir jusqu'à présent. "Pet Sounds" est l'œuvre d'un post-adolescent qui portait un masque pendant des années pour satisfaire les attentes de son père, son groupe, sa maison de disque , ses fans , et qui décide de se montrer (grâce à l'impulsion de certaines substances, il faut le dire) dans l'honnêteté la plus totale , avec des paroles très adolescentes dans leur innocence , leur romantisme et leur pureté , le tout plongé dans une orchestration grandiose de quasi-musique classique. Le mot d'ordre avec son co-lyriciste Tony Asher, c'était d'aller puiser dans l'innocence de la jeunesse et la retranscrire dans toute sa beauté et sa pureté destinée à disparaitre toujours trop vite. Il a beaucoup chanté l'envie d'accélérer le temps pour accéder à la liberté du monde adulte, et on le retrouve encore ici dans "Wouldn't it be nice" , mais dès la deuxième chanson il semble passer de l'autre côté, celui des regrets, de la prise de conscience de ses erreurs, des souvenirs perdus. Jusqu'à la quintessence de cet état d'esprit dans "I Just Wasn't Made for These Times" et "Caroline, no" , deux morceaux d'une beauté et d'une tristesse rares, qui semblent clôturer l'album comme dans un sanglot (bon , en réalité un aboiement et un train, merci le LSD) , là où le premier semblait comme une marche enjouée vers l'avenir.


Le résultat final est empreint d'une mélancolie d'une profondeur insondable, celle du passage à l'âge adulte de quelqu'un qui a l'impression de ne pas avoir totalement profité de sa jeunesse, mais il s'en dégage également une grandeur et sorte de dignité très fortes , ce qui je pense explique à quel point il a frappé de plein fouet autant de gens. Quand Paul Mc Cartney dit que c'est son album préféré, c'est évident que ce qu'il admire ici c'est la capacité qu'a eu Brian de s'emparer de ce genre de thème de façon aussi grandiose et triomphale.


Quant à moi , je pense pouvoir dire aujourd'hui que j'ai compris "Pet Sounds", ou du moins je le cerne mieux. Le prendre comme un album de Brian Wilson plutôt que des Beach Boys facilite beaucoup de choses, et je le considère vraiment comme une entité à part, un projet unique inégalable, un instantané d'une franchise désarmante de l'esprit d'un jeune génie musical. Mais ce qui me touche particulièrement , ce qui a achevé de me convaincre, ce n'est pas tant la qualité des morceaux en eux même , mais bien cette image de Brian Wilson qui tente de pousser ses propres limites et celles de son art, quitte à risquer de foutre en l'air tout ce qu'il avait accompli auparavant. On est dans une totale dédication pour son art qui , si elle apparait comme très coûteuse force le respect, et la tristesse qui se dégage de "Pet Sounds" n'est pas seulement contenue dans un album , mais s'étale aussi dans les décennies qui suivront.


Parce que plus rien ne fut jamais pareil...

VinnieJones
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Mes écoutes, 2025 en ALBUMS et Chronologie / The Beach Boys

Créée

le 5 sept. 2025

Critique lue 13 fois

VinnieJones

Écrit par

Critique lue 13 fois

2

D'autres avis sur Pet Sounds

Pet Sounds

Pet Sounds

10

Mellow-Yellow

153 critiques

Sometimes I feel very sad.

Tout a déjà été dit sur Pet Sounds. Je ne vois pas l'intérêt d'insister une énième fois de plus sur le génie mélodique de Brian Wilson. Au-delà de la musique en elle-même, ce qui m'intéresse avec cet...

le 31 août 2016

Pet Sounds

Pet Sounds

10

Pinkerton

95 critiques

Critique de Pet Sounds par Pinkerton

Cet album c'est comme un médicament, il m'aide à travers tout les moments difficile, je me retrouve tellement dans les paroles, et tout cet arrangement tellement riche, la pop à son summum ! même...

le 24 janv. 2012

Pet Sounds

Pet Sounds

5

LesterBangs

82 critiques

Grosse déception.

Je ne savais pas ce que je cherchais en écoutant cet album des Beach Boys, j'en avais entendu tellement de bien, tellement de belles phrases. L'adversaire direct de "Sgt. Pepper" (dont j'ai fais la...

le 31 oct. 2013

Du même critique

La fête est finie

La fête est finie

10

VinnieJones

37 critiques

Demain, c'est bien

Compliqué de dire ça sans passer pour un fan boy à 2 balles, mais Orelsan est mon artiste français préféré et un de ceux dont je me sens le plus proche, tous genres confondus. C'est un peu comme si...

le 24 oct. 2017

Don Jon

Don Jon

8

VinnieJones

37 critiques

Beauf Story

J'ai beaucoup aimé ce film, sauf la partie avec Julianne Moore qui m'a un peu déçu. Je m'explique... Quand le personnage principal d'un film n'est pas quelqu'un de bien, alors l'objectif sera soit de...

le 24 juin 2015

Breaking Bad

Breaking Bad

8

VinnieJones

37 critiques

The Good, the Bad and the Junkie

Selon moi la véritable originalité de Breaking Bad, c'est que là où certaines des séries les plus populaires choisissent de montrer des hommes mauvais qui dévoilent peu à peu leurs côtés positifs...

le 26 juin 2015