Mettre dans le même panier le Pin Ups de Bowie et celui des Dandy Warhols n’a rien d’un blasphème, c’est même presque une évidence tant les deux albums partagent ce parfum un peu suspect de fausse bonne idée. Dans les deux cas, on nous vend un hommage, une déclaration d’amour aux influences, une manière élégante de remonter le fil de sa propre éducation musicale. Dans les deux cas aussi, on se retrouve surtout avec un disque qui donne l’impression d’avoir été conçu davantage pour le plaisir de ceux qui le jouent que pour celui de ceux qui l’écoutent. Chez Bowie, l’affaire est plus chic : il sort ça avec l’allure d’un prince glam qui pourrait enregistrer l’annuaire téléphonique et lui donner des airs de manifeste. Mais Pin Ups reste un disque mineur dans une discographie qui, elle, visait autrement plus haut. Les Dandy Warhols, eux, reprennent non seulement le principe mais aussi le titre, et c’est peut-être déjà le début du problème. Leur Pin Ups a bien ce qu’il faut de psychédélisme légèrement enfumé, de désinvolture savamment repassée mais il donne surtout l’impression d’un groupe installé dans son canapé, heureux de faire tourner sa collection de disques en hochant la tête d’un air entendu. Ça joue bien, ça sonne bien et ça sent la bonne culture rock à plein nez. On est dans une relecture où les morceaux ont été soigneusement redécorés aux couleurs du salon Dandy Warhols. Et c’est là que les deux albums se rejoignent dans un même échec poli. Bowie rate avec panache, les Dandy Warhols ratent avec décontraction, l’air de dire que de toute façon il ne fallait pas prendre ça trop au sérieux. Mais au bout du compte, le problème est le même : un album de reprises, c’est souvent la fête des références, la cousinade du bon goût, la kermesse des influences, bref une petite « folie des branleurs » où tout le monde s’écoute aimer ses disques préférés sans se demander une seule seconde si l’auditeur, lui, avait vraiment envie d’être invité. Alors oui, il y a du style, oui, il y a de la tenue mais il reste surtout cette impression tenace que ni Bowie ni les Dandy Warhols n’y gagnent grand-chose, et que nous non plus, sinon l’envie, assez ironique, d’aller réécouter les originaux.