Entre Bauhaus et Love and Rockets, plus qu’une parenthèse

Deux ans d’existence, un seul album et puis terminé. Tones on Tail n’aura vraiment pas traîné. Pourtant, quand j’écoute Pop, sorti en 1984, j’ai du mal à voir le groupe comme une simple parenthèse entre Bauhaus et Love and Rockets. C’est court, un peu bordélique par moments, mais des idées, ils en avaient à revendre.


Tones on Tail démarre en 1982 alors que Bauhaus existe encore. Daniel Ash, guitariste du groupe, a envie de faire autre chose et monte le projet avec Glenn Campling, un pote rencontré à l’école d’art qui était aussi roadie de Bauhaus. Après la séparation de Bauhaus en 1983, Kevin Haskins les rejoint à la batterie. Daniel Ash voulait faire une musique qui donne l’impression de venir d’une autre planète tout en restant assez rythmée pour qu’on puisse bouger dessus. Ça résume finalement assez bien Pop.


Le premier EP de Tones on Tail sort chez 4AD en 1982. Et là, petite parenthèse du fan que je suis de ce label. Deux ans plus tôt, In the Flat Field de Bauhaus avait été le premier album publié par 4AD et son succès avait largement contribué à donner au jeune label d’Ivo Watts-Russell les moyens de poursuivre l’aventure et de prendre son indépendance. Est-ce que Cocteau Twins, Dead Can Dance et tous les autres poulains de l’écurie 4AD auraient connu la même histoire sans Bauhaus ? Impossible à savoir. Mais une chose est sûre, ils ont bien aidé 4AD à passer ce fameux cap des premières années. Alors merci Bauhaus !


Tones on Tail ne restera pourtant pas longtemps chez 4AD. Après un passage par Situation Two, c’est finalement Beggars Banquet qui sort Pop en 1984. Pas vraiment un grand déménagement puisque tout ce petit monde appartient à la même famille.


Avec Pop, Tones on Tail va surtout se faire plaisir et mélanger à peu près tout ce qui lui passe par la tête. On retrouve bien sûr un peu de Bauhaus dans les passages les plus sombres, mais ça ne s’arrête pas là. Post-punk, gothique, dub, funk, électronique, psychédélisme, ambient… ça pioche un peu partout et, étonnamment, le mélange prend.


Dès "Lions", la basse prend une place énorme. C’est sombre, hypnotique, presque inquiétant, mais ça groove vraiment. Tones on Tail arrive à faire une musique noire sans nous plomber pendant quarante minutes. Bauhaus n’est jamais très loin, mais l’ambiance est même moins lourde.


Après, ça bouge tout le temps. "Happiness" est presque léger, "Performance" repart vers quelque chose de beaucoup plus tendu, "Slender Fungus" bascule carrément dans autre chose et "Movement of Fear" est dépouillé et franchement étrange. Et puis il y a "Rain", plus lent, brumeux, presque ambient.


Je ne vais pas non plus raconter que tout est génial. Certains passages expérimentaux me parlent moins et il y a deux ou trois moments où je me demande quand même ce qu’ils avaient fumé. Mais au moins, avec Pop, on ne s’ennuie jamais. Difficile de deviner ce qui va débouler au morceau suivant. Daniel Ash dira d’ailleurs plus tard que Tones on Tail était, de tous ses groupes, son préféré parce qu’il pouvait y faire ce qu’il voulait.


Impossible quand même de parler de Tones on Tail sans évoquer le morceau "Go!". Il sort en face B de "Lions" et n'est pas sur l'album alors qu'il va devenir leur titre le plus connu. Une basse énorme, des percussions, quelques sons électroniques et ce fameux Ya Ya Ya complètement con mais terriblement efficace. Les DJ vont rapidement s’en emparer et, plus de quarante ans après, le morceau fonctionne toujours aussi bien.


Pour retrouver "Go!", "Christian Says", "Burning Skies" et tout ce qui tourne autour de Pop, il faut aller voir du côté d’Everything!, la compilation sortie en 1998 qui rassemble pratiquement tout ce que Tones on Tail a enregistré. Ca vaut franchement le détour parce que le groupe avait des sacrés morceaux en réserve.


Ce que j’aime dans Pop, c’est finalement ce drôle de mélange. C’est sombre mais pas sinistre, parfois dansant, parfois planant, parfois complètement barré. Il reste quelque chose de Bauhaus, forcément, mais avec un côté moins théâtral, moins raide et beaucoup plus joueur. On reste dans le noir mais avec une boule à facettes pas très loin.


Fin 1984, clap de fin. Glenn Campling s’en va. Daniel Ash et Kevin Haskins retrouvent alors David J, l’ancien bassiste de Bauhaus et frère de Kevin. Tous les trois fondent Love and Rockets. Tones on Tail se retrouve donc coincé entre deux groupes beaucoup plus connus et c’est sans doute aussi pour ça qu’on l’oublie un peu trop souvent.


Pop est bizarre, imparfait, parfois un peu foutraque, mais il a surtout une sacrée personnalité. Et il a plutôt bien vieilli, ce qui n’est pas gagné pour un disque sorti en 1984 avec pas mal d’électronique dedans.


Deux ans, un album et clap de fin. Quand Pop se termine, on se dit que Tones on Tail avait certainement encore pas mal de choses à raconter. Dommage que l’histoire se soit arrêtée là.

Kodack1
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il y a 2 jours

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