Voyez-vous, il y a comme une sorte de pattern qui se dégage : chaque année, quand les premières chaleurs étouffantes de juin se pointent comme c’est le cas au moment où j’écris cette chronique, je ressens le besoin – presque physique – de devoir me réécouter ce classique de Maiden ; classique parmi les classiques, probablement l’album qui fait sans doute le plus l’unanimité parmi les fans du groupe, tout âge confondus.
Une impression et un besoin influencé très probablement par cette pochette époustouflante, ces rayonnements solaires venant percuter et faisant rutiler les façades de la pyramide, et ce sentiment de gigantisme incarné par un Eddie pharaon dominant l'édifice, dégageant une puissance presque surnaturelle, lui donnant juste à la vue de cette dernière un effet réel de domination, et de suffocation.
Vous l’aurez compris, l’écoute de ce Powerslave convient dans un contexte caniculaire, accablant, assommant et … collant (il s’apprécie particulièrement en se délestant de litres de sueur comme c’est le cas actuellement où j’écris ces lignes)
Et puis, on va pas se mentir. On aime tous l’esthétique de l’Égypte antique, c’est mystérieux, puissant, évocateur, énigmatique … Et dans un sens ça appel au défi ... et aux sens !
Iron Maiden ici avait vu juste avec cette thématique, ça collait complètement avec leur idée de grandeur, de grandiloquence, qui semblait croissante depuis au moins The Number Of The Beast je dirais. Avec un setup pareil, ils étaient assurés de créer un spectacle, un show époustouflant, ce qu’ils auront réussi à faire (Le célèbre Live After Death qui a suivi la tournée) et amorçant sans doute possible la plus belle période de leur carrière à venir.
Pour la première fois depuis leurs débuts, Iron Maiden enchaîne un deuxième album avec le même line-up. Je ne sais pas si ça a pu jouer sur la qualité de celui-ci mais en tout cas c’est toujours bien de le mentionner (et c’était d’ailleurs leur argument à l’époque de légitimer de ce fait une captation live de la tournée).
Aces High ouvre le bal.
On ne s’en rend plus compte, car ce morceau on se l’est bouffé, bouffé … au fil des tournées, mais il faut reconnaitre qu’il est incroyable. Un titre qui est très énergique, avec des mélodies un peu espiègles qui tournoient (et qui bien sur sont harmonisées), formant une sorte de danse un peu fantastique. L’intro passée, il est d’ailleurs structuré en « miroir » où tous les éléments de la chanson se révèlent être symétrique.
Les soli sont inspirés et sont devenus iconiques, et le rythme ne faiblit pas. Probablement une des meilleurs chansons « rapides » du groupe. (Et puis, un groupe comme Children Of Bodom a basé quasiment toute sa discographie sur ce titre, c’en est même impressionnant ; ou barbant selon certains)
2 Minutes To Midnight est également un autre morceau devenu un classique. Dans la pure lignée des titres Heavy de cette époque (on va pas se mentir, ce riff a été pondu énormément de fois), mais avec des transitions – harmoniques notamment – bien trouvées, un refrain terriblement efficace et une partie instrumentale plus posée mais toujours inspirée. Le riffing et les transitions sont le fait d’Adrian Smith et on reconnaît bien sa patte, son style sur ce morceau.
Losfer Words (Big ‘Orra) est une instrumentale, et la dernière composée par le groupe à ce jour.
Malgré cette particularité c’est un morceau complet, puissant et accrocheur, où un peu à l’instar de Aces High on a le droit à un enchevêtrement de parties de guitares donnant une colorisation particulière à cet album.
C’est épique, puissant et très bien ficelé. Leur meilleure instrumentale à ce jour (même si y’a match avec Genghis Khan et le flamboyant jeu de batterie de feu Clive Burr)
Flash Of The Blade qui suit est un morceau iconique lui aussi. Ce riff en « hammer-on » n’est pas spécialement très innovant mais est terriblement efficace.
Ce titre, écrit par Dickinson seul, évoque une de ses grandes passions, l’escrime. « L’éclair de la lame » évoquerait un duel entre deux combattants à l’épée. Et d’ailleurs, la partie instrumentale de ce morceau est particulièrement étonnante : les guitares se livrent elles aussi à un « duel », avec toujours ce son très agressif, presque « strident » par moments (on est d’accord qu’ils ont un peu trop boosté les aigus là non?) qui lui donne ce ressenti si particulier, acide même.
Car oui, la production de cet album est à la fois efficace et innovante. Tous les instruments ici mixés n’ont jamais sonnés aussi bien. Tout est clair, tout est limpide, on ressent tout. Le travail de Martin Birch est admirable ici et colle complètement à l’esthétique de l’album, avec un son puissant, sec et quasiment dénué de réverbération (contrairement aux deux albums qui suivront)
Sur la deuxième partie du disque on a The Duellists (Hmm ?), un morceau plus traditionnel dans un sens, avec cependant quelques subtilités comme la basse qui harmonise le riff des guitares, le refrain fédérateur avec des chœurs, diablement efficace, la modulation incroyable entre les deux soli, et de manière générale une exécution d’ensemble parfaite, Dickinson, à l’instar de l’ensemble du disque - mais particulièrement ici - est absolument impérial.
The Duellists, tout comme Flash Of The Blade, n’ont jamais été joués en live, au grand dam de certains de ce que j’ai pu lire ici et là.
Back In The Village est un morceau très rentre-dedans avec un riff un peu complexe qui se développe tout le long. C’est un morceau très fun à écouter et selon moi complètement sous-côté. D’aucuns critiqueront notamment la répétition un peu redondante du refrain et le timbre un peu nasillard de Dickinson sur ce passage, mais bon c’est vraiment pour chipoter.
D'ailleurs, ce morceau n’a été joué que 2 fois, sur les deux premières dates de la tournée, en Pologne. Malheureusement, il n’existe aucun enregistrement de ces deux occurrences (Et c’est le drame de ma vie …Même pas un petit bootleg pérave sorti de derrière les fagots, nada)
Powerslave, le morceau-titre, nous offre ici « légitimement » des riffs aux sonorités égyptiennes. Entièrement écrit par Dickinson, il se met ici en scène : il semble habité par son histoire et sa performance, lié au contexte mystérieux lié à cette esthétique.
Ce riff d’introduction qui suit le sample (d’ailleurs qui c’est qui gueule sur la bande, c’est McBrain? Ça lui ressemblerait en tout cas) a des petits sauts, des petites cassures intéressantes. C’est dynamique et fidèle à la thématique. Le refrain est très efficace aussi dont les paroles s’impriment facilement dans notre tête : « Tell me why I have to be a Powerslaaaaave ! » avec ces espèces de vocalises derrière qui l’accompagne, c’est tellement épique.
La structure est cependant assez simple, une partie instrumentale avec soli puis retour sur la partie couplet refrain du début et ce final dantesque « Slave to the power of deeeeeeaaaaaath » qui vient mourir sur à peu près toutes les notes de la gamme avant que le riff conclue sur une dernière occurrence thématique.
Un très bon morceau, qui sera assez souvent joué en live.
Puis l’album se clôture sur Rime Of The Ancient Mariner. Écrit par Steve Harris seul, c’est probablement le plus ambitieux qu’il ait écrit à ce jour.
Ce morceau c’est un voyage. Il y a une première partie plutôt énergique sur un rythme en « galopade » typique, mais où l’intérêt principal se trouve dans les lignes vocales de Dickinson qui dominent l’ensemble. On a le droit à quelques fantaisies (certaines parties évoquent un peu Losfer Words notamment, dans l’approche) puis ça se tasse pour laisser se dévoiler une phase « ambiante », presque expérimentale où l’on entend de façon inquiétante des arpèges à la basse se répéter inlassablement et dominé par différents sons, notamment celui d’une embarcation qui chancelle et qui craque ... Puis par dessus, chuchote – on l’imagine – un vieux marin sermonner d’énigmatique paroles avec une voix effacée et rauque.
Ce passage est inquiétant mais terriblement prenant, presque cinématographique.
Subitement, la basse s’emballe et part sur quelque chose de plus joyeux, de plus entraînant. Dickinson reprend de la voix, tel perché sur un rocher au milieu de l’océan, puis finit sa déclamation par un hurlement exceptionnel dont il a le secret et qui me fout à chaque fois des frissons.
Derrière, on a la traditionnelle partie instru avec les soli, puis ça repart sur le riff de début, comme si tout n’avait pas encore été raconté et qu’il restait de la matière, puis ça meurt de façon légèrement abrupte, comme si il était temps d’aller se reposer ... éternellement, ou non, c’est comme vous le sentez.
Personnellement, je ne trouve aucun défaut à Powerslave. Il est inspiré, énergique, la thématique est incroyable, la production est puissante et également audacieuse. Tous ces morceaux (même ceux « oubliés » par le groupe) sont des classiques et je pense pouvoir dire sans trop prendre de risques qu’on est beaucoup à ressentir cette même chose : Oui, Powerslave est un album parfait.