Il y a dans Re-Mit ce parfum étrange des œuvres qui se répètent elles-mêmes jusqu’à l’étourdissement, comme un rêve qui s’effiloche mais refuse de s’éteindre. The Fall, fidèle à son rituel bruitiste, érige encore une fois un mur de sons crissants, de riffs rugueux et de mots jetés comme des sorts. La voix de Mark E. Smith, prophète cabossé, s’élève — plus lasse que furieuse — au-dessus du tumulte.
Et pourtant, derrière le fracas, quelque chose vacille. L’inspiration s’y fait plus mécanique, moins viscérale. Ce n’est plus la fureur du geste, mais son fantôme. Re-Mit tourne en rond, fasciné par son propre reflet, oubliant parfois d’avancer. Certains morceaux hypnotisent, d’autres s’effacent aussitôt entendus.
C’est un disque pour ceux qui savent déjà — les initiés, les fidèles du chaos. Pour les autres, il semblera hermétique, voire épuisant. Mais dans ses instants de fièvre, subsiste encore une magie étrange, crépusculaire, celle d’un groupe qui ne veut ni plaire ni s’excuser.
6.5/10 : Une chute ralentie, fascinante par éclairs, mais inégale.