Année 2016. Remords et re-renaissance du chanteur énervant né sous le signe mirobolant de l'Hexagone, livrant pour le quart d'heure un nouvel album sobrement titré Renaud. Un opus dans l'ensemble passablement médiocre, manquant cruellement d'inspiration et d'homogénéité, aux arrangements musicaux souvent impersonnels et au contenu parfois même très discutable, surtout venant de l'auteur de Mistral Gagnant et de Putain de Camion... Un album-Renaud en roue-libre, histoire pour le célèbre chanteur de faire illusion le temps d'une petite quinzaine de morceaux sans grand intérêt, album accompagné du portrait-photo de l'artiste à la barbe grisonnante, au regard fatigué et à la chair criblée de tatouages qui tâchent les mirettes.
J'AI EMBRASSÉ UN FLIC : Renaud démarre sur les chapeaux de roues avec cet acte de bonne foi proche de l'aveu confondant et un tantinet gênant. C'est le récit synthétique des manifestions pro-Charlie de janvier 2015 et le chanteur se surprend lui-même à respecter les matraques et les képis, perdu dans la masse du peuple français encore frappé par le très récent massacre des attentats auxquels ont succombé ses amis Cabu et Wolinski. Admettons, même si j'ai largement plus de considération pour sa très diplomate BALLADE DE WILLY BROUILLARD écrite vingt ans plus tôt...
LES MOTS : l'idée du texte est jolie, même - osons le mot ! - belle. Ça s'arrête à peu près là, tant la construction de ladite chanson transpire la scolarité la plus désobligeante. Mais le thème au piano de Renan Luce porte un peu plus haut les maux d'un Renaud en pleine catharsis forcée. J'aime bien le refrain, assez finement écrit pour le coup.
TOUJOURS DEBOUT : troisième piste en forme de marketing de l'avant-ringardise. C'est mauvais, malgré l'effort intrinsèque à tout ce qui entoure l'album et donc à sa promotion. Les rimes sont pauvres, le style scolaire et redondant, la musique variétoche et le morceau surtout présent pour entretenir l'illusion d'un Renaud gardant le coeur à gauche, et l'arme à droite. Bof.
HÉLOÏSE : l'une des rares très jolies chansons de l'album. Renaud est devenu grand-père et se promène avec la fille de Lolita main dans la main dans la cité-banquise de Venise. Vestiges d'une journée de tendresse pour une chanson modeste, certes, mais clairement au-dessus du lot. Vraiment pas mal.
MA NUIT EN TAULE : Renaud fait de sa garde à vue nocturne une épopée shakespearienne, dans une chanson aussi ridicule qu’inintéressante. Musique moche, texte creux voire inepte ( le chanteur compare sa GAV à Midnight Express, c'est dire ! ) et sans panache aucun.
PETIT BONHOMME : première chanson de l'album concernant Malone avant le très beau TA BATTERIE. C'est très mou, sans inspiration, écrit pour être écrit, rimé pour être rimé... Bref c'est une chanson plate qui ne dépasse jamais son sujet, susceptible de remplir un album à l'identité résolument imprécise.
HYPER CACHER : une catastrophe musicale et artistique ! Certainement LE véritable affront de cet album. Après les manifestations pro-Charlie de la première piste Renaud s'empare du drame de l'Hyper Cacher de Saint-Mandé et de la tuerie ayant été perpétrée le 9 janvier 2015. Très mal écrit ( refrain ridicule, rimes d'écolier, etc...) et acoustiquement pauvre et sans surprise HYPER CACHER est l'un des plus grands désastres du chanteur. A oublier !
MULHOLLAND DRIVE : hymne à la beat-generation, petit regain de nostalgie outre-atlantique... Mouais ! Encore une fois le texte manque vraiment d'inspiration, malgré une musique sympatoche rien de sidère, rien ne touche. C'est plat et sans saveurs.
LA VIE EST MOCHE ET C'EST TROP COURT : l'idée du texte est très touchante, en plus d'être foncièrement intime et personnelle. La voix encombrée de Renaud trouve ici une poignante raison d'être, et l'on a bien du mal à trouver cette chanson totalement mauvaise. Mais l'ensemble est à nouveau très mince, aussi bien dans l'écriture bourrée de lieux communs que dans la structure générale.
MON ANNIV' : chanson qui n'a rien à dire ni à raconter. Désolé Renaud, je garderai toujours une grande part d'estime pour toi au regard de ta discographie mais là cela fait peine à écouter. C'est digne d'un poème écrit par un gamin de neuf ans, point barre.
DYLAN : une piste originale, mais un tout petit peu, pas plus. Cette chanson semble littéralement perdue dans un album décidément trop disparate pour ne convaincre ne serait-ce qu'à moitié. Bof.
PETITE FILLE SLAVE : une chanson qui raconte les aventures et les misères d'une fille de l'Est. Il n'y a rien à ajouter.
TA BATTERIE : la plus belle chanson de l'album, que l'on doit en grande partie au slameur talentueux répondant au nom de Grand Corps Malade. Le texte est pauvre mais simple au point d'en devenir bouleversant, la voix grondante de Renaud et le rythme des percussions y semblent au diapason d'un bout à l'autre. Voilà un bel hommage au petit Malone Séchan. Superbe.
POUR KARIM, POUR FABIEN : un slam vulgaire dans lequel Renaud s'autoflagelle à des fins inutiles et dérisoires. On préférera réécouter le démystificateur PEAU AIME écrit trente ans plus tôt, qui disait déjà tout le bien que l'on souhaite penser du chanteur dont il est ici question. Bref Renaud a été un grand chanteur par le passé, un grand poète même, mais voilà qu'aujourd'hui il se ridiculise simplement pour faire illusion au regard de ses fans. Tristesse.