J’ai lancé Return de deathcrash sans trop savoir à quoi m’attendre. Les premières notes de Sundown m’ont paru presque vides, lentes voir hésitantes. J’ai failli zapper mais au lieu de ça, j’ai baissé la lumière, je me suis calé dans mon canapé… et je me suis laissé aspirer.
Sundown est le parfait exemple du savoir-faire de deathcrash : huit minutes d’une progression lente, déstructurée où la tension monte sans jamais exploser vraiment. Un faux rythme s’installe, les guitares grondent, la voix murmure plus qu’elle ne chante avant qu’un détour, presque pop, n’émerge, vite rattrapé par une saturation splendide et contrôlée.
deathcrash a hérité de l’école slowcore. On sent l’influence de Low et de Codeine dans la pesanteur parfois même un peu de Red House Painters dans la mélancolie des guitares. Mais ils ne se contentent pas de copier : là où un groupe comme Slint jouait sur la tension, deathcrash va chercher quelque chose de plus intime, plus vulnérable.
La première chose qui frappe, c’est le silence. Ou plutôt la manière dont deathcrash s’en sert. On attend, on écoute et petit à petit les guitares tissent quelque chose d’à la fois fragile et intense. Ce n’est pas de la musique qui vient à toi : c’est à toi d’aller vers elle.
Avec Unwind, plus posé, qui pourrait évoquer Arab Strap si ce n’est l’accent anglais, deathcrash installe une ambiance intimiste, signature émotionnelle qu’on retrouvera tout au long du disque.
Horses condense toute la délicatesse slowcore du groupe. Avec American Metal, deathcrash frappe un grand coup. Le morceau commence de manière presque convenue : arpèges post-rock, voix éthérée, ambiance planante. On croit même à une fin prématurée à mi-parcours. Mais c’est là que tout bascule. Une guitare sèche relance le morceau. Puis tout s’épaissit : la basse, la batterie, les guitares se superposent, montent, grondent. Le morceau se transforme en une ascension bruitiste, chaotique et magnifique.
deathcrash continue de tisser sa toile avec Matt’s Song en respiration mélancolique. Wrestle With Jimmy, morceau court placé au milieu de l’album coupe le souffle. Comme si toute la tension accumulée des premières pistes était lâchée d’un coup.
Metro 1 s’enfonce dans les méandres du slowcore le plus dépouillé, tandis que Doomcrash convoque l’esprit de Mogwai : atmosphères lentes, lourdes, infiniment tristes mais jamais plombantes.
Was living avec ses longues progressions, ses dynamiques montée/descente, typiques du post-rock/slowcore, est un des moments forts de l’album.
À l’issue de l’écoute, difficile de ne pas ressentir l’effet d’un voyage intérieur intense, parfois aride. Return ne propose pas une balade réconfortante mais plutôt une immersion dans des zones sensibles : la solitude, le poids des souvenirs, la conscience du temps qui passe. Des thèmes que deathcrash met en lumière avec justesse..