Cet album de Brad Mehldau est un hommage aux chansons d’Elliott Smith, un songwriter torturé mais extrêmement brillant, qui n’a pas eu le temps d’être reconnu par le grand public puisqu’il est mort en 2003 à 34 ans et qui ne nous laisse que quelques albums (cinq je crois) mais qui regorge de très bons morceaux. On le sait, Mehldau est capable de revisiter aussi bien de la pop (les Beatles à qui il a consacré un superbe album…) que du rock (Radiohead…). On parle bien ici plus de revisite que de simples reprises, tant Mehldau mêle son univers à celui de Smith. C’est en s’installant à Los Angeles que Mehldau a découvert, fasciné, la riche scène folk-rock de la ville avec Rufus Wainwright, Fiona Apple et bien sûr Smith. Il reprend quelques-unes des plus belles chansons d’Elliott comme « Between the bars », « The white lady loves you more » ou encore « Colorbars ». Seul au piano ou avec ses acolytes comme le chanteur et guitariste Daniel Rossen, du groupe Grizzly Bear, et du chanteur et mandoliniste Chris Thile, et il est même parfois entouré d’un orchestre de cordes (discrètes). Mehldau apporte sa touche personnelle tout en gardant les mélodies de Smith, tout en finesse et légèreté. L’hommage est réfléchi puisque Mehldau s’autorise en plus des pièces à lui sur quatre titres, inspirées par Smith, et emprunte même du Nick Drake, dont l’influence sur Smith lui semble évidente. Un bel album qui, je l’espère, donnera à ceux et celles qui ne le connaissent pas l’envie d’écouter Elliott Smith (j’aime beaucoup « Either/Or » de 1997).