Cet album éponyme était le 1er sous son nom de Robertson, plus de 10 ans après la séparation du Band. Une décennie passée en grande partie dans une errance cocaïnée accompagné par des potes comme Martin Scorsese dont il est devenu un compositeur fréquent pour ses films, depuis « La valse des pantins » en 1982. Cet album va être coproduit par Daniel Lanois et deux ex membres du band sont là pour le soutenir, Rick Danko sur «Sonny Got Caught In The Moonlight » et Garth Hudson, sur « Fallen Angel » et « American Roulette ». Robertson choisit Lanois qui avait produit l'année précédente l'album « So », un immense succès mondial pour Peter Gabriel. Lanois venait de terminer le travail de production en cours avec U2 sur ce qui allait devenir leur album « The Joshua Tree ». Sans grande surprise, Gabriel et U2 sont donc de l’aventure.
Parmi le groupe qui va jouer sur l’album, Tony Levin et Manu Katché sont deux fidèles de Peter Gabriel. « Fallen Angel » avec Gabriel à plusieurs postes (programmation, chœurs…), est un hommage à Richard Manuel, membre décédé du Band en 1986, peu de temps avant. U2 lui offre deux chansons. D’abord « Sweet Fire of Love » du pur U2, des chœurs de Bono à la guitare de The Edge reconnaissable dès les 1ères notes. Plus intéressante est la 2nde « Testimony » car un peu plus originale (« moins U2esque »…). Pour le reste, deux morceaux sont vraiment réussis, deux ballades assez envoûtantes, « Broken Arrow » et « Somewhere Down the Crazy River ». On peut reprocher à cet album un excès de surproduction, fréquente à cette époque, pour sonner « gros son rock » (« Showdown at Big Sky »); clinquant, certes, mais noyant l'émotion. Elvis Costello pourtant grand fan du Band, a dézingué la production de cet album, le traitement des voix, manquant totalement de naturel. Le reproche est assez fondé, il faut le reconnaître mais on pourrait dire la même chose de beaucoup d'albums. Il en reste tout de même un bon album d’ensemble qui sur quelques morceaux a plutôt bien passé les décennies.