En 1984, Trust sortait cet album qui va leur valoir des critiques sévères, des fans déçus et amers et un grand public pas conquis du tout. Alors que pourtant, ça semblait le but à atteindre pour le label Epic…Les sessions s’étaient bien déroulées mais les dirigeants de la maison de disques trouvaient qu’il manquait un « hit » à cet album, un truc qui puisse par exemple passer sur les radios et même dans le tout nouveau Top 50 de Canal +. Qu’à cela ne tienne, les musiciens retournent aux fourneaux. Et là, surprise, ils se retrouvent avec Jean-Jacques Goldman que Nono connaît pour avoir enregistré en 82 avec lui. On ne sait que très peu de chose sur cette collaboration unique : choix des musiciens eux-mêmes pour varier leur propos ou (bien plus probable) choix imposé par Epic pour obtenir un succès grand public ??? Aucun des protagonistes n’a jamais abordé la question à l’exception de Farid Medjane, le nouveau batteur alors, dans une courte interview en 2010. Goldman, devenu une énorme vedette de la chanson française, leur amène une chanson « Serre les poings » qui doit être le point culminant de l’album. Mais voilà, l’enregistrement se passe très mal, Bernie surtout supportant mal l’idée d’enregistrer une chanson étiquetée très clairement « variété » dont il n’a pas écrit les paroles. Le ton monte dans le studio, Bernie n'étant pas réputé pour garder sa langue dans sa poche.
Il tire la tronche et bousille prise après prise. Goldman essaie d’arrondir les angles sans y réussir. Ce sont les dirigeants d’Epic qui rappliquent et font en sorte que le morceau soit finalisé, Bernie y mettant enfin du sien. « Serre les poings » est un morceau typiquement « goldmanien » dès les 1ères notes et le refrain en particulier, impossible de se tromper. Il rappelle beaucoup le « Jump » de Van Halen et « Je t’attends » aussi que Goldman offrira à Hallyday 2 ans plus tard avec un autre succès. Car là, le morceau sera un bide assez vaste. Il n’y a aucune mention de Jean-Jacques nulle part sur cet album, la chanson étant créditée à Bonvoisin / Krief / Brusco. Officiellement, cette absence s’explique par la volonté de Goldman de ne pas nuire à la carrière du groupe. Attention, le morceau est bon, comme toujours avec Goldman mais il ne colle tout simplement pas à un groupe comme Trust…Alors, bon, on peut trouver que cet album porte mal son titre, c’est vrai mais heureusement, il y a quelques titres plus punchy à se mettre dans les oreilles. "Mongolo’s Land", "Paris", "Surveille Ton Look" et "I Shall Return", ma préférée, sont d’un autre niveau et là on retrouve le groupe qu’on aime, qui balance sa rage sur des riffs acérés. Et pourtant, ça commençait mal avec "Chacun Sa Haine" assez quelconque et qui ne recèle aucune trace de cette intensité et de cette hargne que Trust exprimait pourtant si bien. Le chant est plat et sans passion, le texte est insipide et à la limite du compréhensible, les guitares sont très sages, bref le constat est assez amer. Heureusement que quelques morceaux sauvent l’aventure du naufrage. Au final, un album quand même très inégal, à la production trop plate très « eighties » et qui ne connaîtra pas un grand succès, accentuant les tensions entre les membres et aboutissant à la séparation de 1985.