Trop souvent résumé à l’éculé Dream On et à l’atroce Don’t Wanna Miss a Thing, Aerosmith offre pourtant une myriade de titres de bien meilleure facture, mais bon, il faut bien se plier aux goûts de la plèbe.
Si l’on demande à cette même plèbe de citer des albums d’Aerosmith, il ne fait aucun doute que Rocks ne sera pas ou peu évoqué, car il ne contient pas de classiques (populaires, j’entends) et dispose du son le plus brut et abrasif de la discographie des Américains.
Et justement, quel album ! Les riffs de guitare de Joe Perry et Brad Whitford ressortent grandis par cette ambiance plus sombre, bien soutenus par une rythmique impeccable (la basse dans Back in the Saddle !!) et bien évidemment la voix puissante, expressive, rocailleuse de Steven Tyler, qui s’égosille pour notre plaisir dans Back in The Saddle. Les titres sont incendiaires, rempli de solos accrocheurs venant sublimer lesdits riffs. Aerosmith parvient à créer une atmosphère lourde tout en gardant leurs éléments de blues, ce qui donne au son de Rocks une dimension unique pour l’époque.
Avec Rocks, on passe de l’énergie furieuse (Back in the Saddle, Last Child, Rats in tje Cellar) à l’intensité angoissante (le génial Nobody’s Fault, au style très éloigné de ce que le groupe produira) en passant par la simplicité (Sick as a Dog). La diversité est présente, il n’y a pas un instant où l’on s’ennuie.
Mention spéciale à la fin de Rats in the Cellar, avec cette montée progressive de la tension lors du passage instrumental, nuage chargé de tonnerre qui passe des goutelettes de pluie à la tempête météo en quelques secondes.
Rocks est un chef d’œuvre du genre, une perle qui rend légitime Aerosmith pour régner sur le hard rock. Peu de groupes auront sorti un album aussi bon, un joyau qui a inspiré un nombre énorme de hardos. Dommage qu’il soit méprisé parce que le guitariste principal du groupe ne porte pas de chapeau haut-de-forme.