Avec “Shiraz”, Dhafer Youssef signe son disque le plus intime, un album entièrement tourné vers l’être qui a transformé sa vie : son épouse, la réalisatrice Shiraz Fradi. Dans cette offrande bouleversante, l’oudiste et vocaliste tunisien explore la manière dont l’amour, la fragilité et la grâce peuvent devenir matière musicale.
Dès Rose Fragrance, la couleur est donnée : une mélodie d’une douceur entêtante, l’oud de Youssef respirant à l’unisson avec la trompette feutrée de Mario Rom. Aux côtés du maître tunisien, un groupe jeune et d’une sensibilité rare : Daniel García (piano), Swaéli Mbappé (basse électrique), Tao Ehrlich (batterie), rejoints par l’éclat singulier de Nguyên Lê (guitare). Ensemble, ils sculptent une musique chambriste, aérienne, où le moindre souffle compte. La suite Eyeblink and Eternity en dévoile les contrastes : une première partie contemplative, fondée sur des ostinatos intimes, puis une seconde qui s’embrase, portée par un solo de trompette habité et le piano ardent de García. L’équilibre entre douleur, vitalité et lumière y est saisissant, comme un résumé de la vie à deux. Avec Generalife Gardens, piano et oud dessinent l’un des moments les plus inspirés du disque, où la voix de Youssef y est littéralement transcendée. Plus loin, la trilogie The Epistle of Love déroule un arc d’une grande finesse : murmure, élargissement, puis ouverture radieuse, comme si l’amour retrouvait peu à peu sa pleine respiration. Placelessness, magnifique soliloque pour oud, en dit long sur la solitude face à la fragilité de l’autre. Dans “Shiraz”, Youssef ne cherche ni l’effet ni la démonstration. Il offre un refuge : une musique qui relie, apaise, élève. En se mettant à nu, il signe l’un des sommets de son œuvre, et l’un des disques les plus profondément humains de l’année.