Sorti en 1993, Siamese Dream n’est pas simplement un grand disque de rock alternatif. C’est aussi le prélude indispensable à ce qui deviendra deux ans plus tard l'apogée (officiellement/médiatiquement) du groupe : Mellon Collie and the Infinite Sadness.
Pourtant tout était déjà là : l'inspiration, le sens mélodique, le son...
Le perfectionnisme obsessionnel de Corgan atteint un premier sommet ici. La rumeur veut qu’il ait réenregistré la quasi-totalité des parties de guitare lui-même, poussant l’ingénieur du son et le batteur Jimmy Chamberlin à leurs limites.
Ce souci maniaque du détail ne fait pas que nourrir les tensions internes du groupe ; il forge aussi une esthétique précise, baroque, où chaque riff de guitare, chaque arpège, chaque montée de batterie est ciselée au scalpel.
Siamese Dream explore la souffrance, l’angoisse existentielle et la nostalgie avec une intensité palpable. Des morceaux comme “Disarm”, “Mayonaise” ou “Hummer” traduisent cette ambition, cette volonté de transcender le mal-être adolescent/adulescent.
Au-delà de ses compositions mélodiques et de ses arrangements luxuriants, Siamese Dream c'est aussi une signature sonore à savoir (pour l'essentiel) : la saturation massive et boueuse produite par la pédale de préamplification : Big Muff (Electro-Harmonix).
Sur des morceaux comme "Cherub Rock" ou "Rocket", le son fuzz est à la fois ample, compressé mais, pour autant, étonnamment bien contrôlé.
D'une certaine manière, c'est le matériel (ultra typé) qui dicte les compositions, les notes, les accords ; parce que Billy Corgan avait déniché dans une boutique ce préampli au son unique il a composé en fonction de lui.
Et les compositions en cause sont....sublimes ; personne ne fera mieux avec ce préampli.
En synthèse : plus que le simple prédécesseur de Mellon Collies, Siamese Dream est un monument sonore, un monument du grunge et finalement un monument tout court.