En 1976, Boz Scaggs (William Royce Scaggs de son vrai nom) n’est déjà plus un novice dans le monde du showbiz puisqu’il a fait partie de la 1ère mouture du Steve Miller Band à la fin des années 60. Sa carrière solo n’a pas vraiment décollé jusqu’à cet album qui a cartonné en 1976 (plus de 5 millions d’exemplaires vendus !). Et Boz a bénéficié ici de la participation de trois musiciens de haut vol, David Paich, Jeff Porcaro et David Hungate soit trois des futurs membres fondateurs de Toto, qui avaient déjà travaillé ensemble pour Seals & Croft et Sonny & Cher. Et David Paich a joué un rôle sans doute central dans le succès commercial de l’album, en co-signant avec Scaggs la plupart des titres. Scaggs est un touche-à-tout mais terriblement doué grâce à une voix de velours qui se font dans tous les styles : westcoast (les ballades « We’re All Alone » et « Harbor Lights »), soul (« It’s Over », « Georgia »), rock’n’roll comme sur le très bon « Jump Street » (sur lequel on retrouve Les Dudek à la guitare slide) ou encore rhythm & blues sur « Lido Shuffle », et même reggae sur le titre signé par David Paich seul, « Love Me Tomorrow ». Et si vous souhaitez vous trémousser, eh bien il y a le tube ultime, irrésistible, «Lowdown » ! Écrivant de manière très productive avec Paich, Boz a composé l'album morceau par morceau, tel un animateur de radio qui monte son programme : on commence par un rythme entraînant, puis on monte en régime ; maintenant, on ralentit pour reprendre son souffle. (Pas mal de ces morceaux ont été largement samplés, cela va sans dire).
Les paroles ont été écrites à la dernière minute, davantage pour maintenir l'ambiance musicale que pour capturer une narration distincte. Cette approche est particulièrement perceptible dans « Jump Street », une excentricité entraînante où un collage sombre d'images sur la vie urbaine culmine avec le hurlement de Scaggs : «Well I wish I was dead ». Tout le monde peut y trouver son compte sans que ça paraisse jamais incohérent ou fouilli, au contraire, tout est lié par la voix de Scaggs. Il n’est pas question de copier le son de la Stax ou de la Motown mais de créer un son unique basé sur le groove et qui mélange ces nombreuses influences. Peut-être pas au niveau d’un « Hotel California », un « Rumours » ou un « Toto IV », mais du très beau boulot quand même. Le travail sur le son est remarquable, la production étant réalisée par Joe Wissert, ce qui lui vaudra d’ailleurs une nomination aux Grammys cette année-là. Ca peut sembler évident, facile à réaliser mais c'est tout l'inverse et il a fallu 6 albums à Scaggs pour y arriver! Cinq ans après la sortie de "Silk Degrees" , en type tranquille et à qui le succès n'est pas monté à la tête, il se retirait de l'industrie musicale – non pas au sens classique du terme, travaillant en coulisses et enregistrant des disques plus discrets pour un public plus restreint, mais au sens plus littéral du terme, se retirant, passant du temps avec sa famille, ouvrant le restaurant et la salle de concert dont il avait toujours rêvé. C'est ce succès qui va donner envie à Paich, Porcaro et hungate de créer leur propre groupe, avec leur pote habitué des studios californiens, un certain Steve Lukather. Mais ça, c'est une autre histoire 😉.