Ce disque rarement cité comme étant l’un des meilleurs du groupe, n’en reste pas moins un des mes préférés. Son défaut : être sorti à la place du Smile attendu. Smile devrait être le chef d’œuvre ultime de Brian Wilson, sa symphonie pop révolutionnaire, baroque, futuriste. Sa réponse au Sgt Pepper des Beatles. La pression, la maladie mentale et les abus de drogue en ont décidé autrement.
Smiley Smile fut donc perçu, comme une version inachevée, édulcorée et décevante de Smile: une trahison…
Et pourtant, avec le recul, Smiley Smile apparaît comme un ovni touchant et profondément original. Ce n’est pas Smile — c’est autre chose. Un repli poétique. Un disque qui sonne comme un rêve fracturé, mais toujours lumineux. Les chansons sont simples mais pleines d’éclats : Heroes and Villains en version décomposée, l’adorable absurdité de Vegetables, les harmonies flottantes de Little Pad, le charme fragile de Wind Chimes. Et pour finir, Good Vibrations, apothéose de pop baroque.
Le disque fut incompris à sa sortie, plus encore que ne le fut Pet Sounds, qu’aujourd’hui personne n’oserait décrier. Mais contrairement à ce dernier Smiley Smile est resté dans l’incompréhension. Les fans, moi parmi tant d’autres, ont traqué les versions pirates des sessions de Smile et négligé ce disque touchant et habité par la grâce.
Smiley Smile, c’est l’histoire d’un rêve inabouti, incompris hier, essentiel aujourd’hui.