[La présente critique appelle à un examen personnel de l'œuvre du groupe. Cette analyse ne peut qu'être appréhendée à l'horizon d'une histoire personnelle, unique et singulière de l'auditeur face à l'objet artistique et à ce qui lui est donné de comprendre.]
Le concept platonicien qu'invite à appréhender le premier album de STENGAH, nommé SOMA SEMA, traduit le dualisme entre l'esprit et la matière où la recherche de la vérité aurait une fonction libératrice. Mais quelle vérité au juste ? Dépasser l'absurdité de l'existence ? Probablement.
Le renversement opéré ici de cette fonction n'est pas simplement un art philosophique, il devient aussi musical. Le texte invite frontalement l'auditeur à réviser son rapport à l'existant : Le titre Blank Masses Inheritance prend par exemple le parti d'une réponse appelant à l'action, à réinvestir notre mode d'être au monde :
In the absence of everything, Every sense is yours, you can talk with it, Like the absynth of your own seed, Your soul is the matter and you swim in it, At the edge, are you ready ? Are you ready for such a knowledge ? "
Socrate disait : « connais-toi toi-même » et c'est en filigrane que la thématique de la mortification enveloppe l'ensemble du projet. Il se libère néanmoins des poncifs ordinaires pour appeler à dépasser le sentiment de déréliction. Les mécanismes de la transcendance se déplacent en faveur d'une réponse hygiéniste, à savoir le dépassement par la médiation intérieure. L'incorporation d'éléments de rock-progressif soutient cette proposition en apportant les irrégularités nécessaires au développement d'espaces privilégiés afin d'établir les respirations vocales. À rebours, cet espace se distend pour faire érupter les doléances cathartiques du vocaliste. Ces dernières se mélodisent lorsque l'on en tire les conclusions.
Chaque titre donne à interpréter, At the Behest of Origins, envisagé comme fragmentation, avec ses notes de basse imitant la cohabitation des troubles nerveux et des turbulences qui en résultent ; The Overman désarticule tandis que le morceau Swoon reconfigure marquant le besoin de recouvrir une homéostasie mentale.
Le système musical établit une programmatique permettant de saisir ce qui apparaît massif, encombrant et pesant. Le caractère évocateur des textes traduit quant à lui le mouvement nécessaire en déployant un panoptique exhaustif à propos de l'âme parasitée. L'auditeur est invité à réaliser l'exégèse de sa propre expérience, une observance quant à sa neurasthénie : c'est l'examen de conscience auquel on se soumet. STENGAH pose en définitive les fondements de sa propre liturgie : on y célèbre les tentatives de dépassement.
C'est toute la dialectique entre le texte et la composition sonore qui permet de soutenir le propos de cette œuvre. SOMA SEMA est une proposition hybride qui tient vernaculairement du registre rock/métal et s'en extrait à la marge. La configuration musicale arbitre son propre chaos, là où la concurrence musicale conflue en faisant l'économie d'une proposition radicale et intéressante.