Antigone de Jean Anouilh est une œuvre étonnante. À la lecture des premières pages, nul ne peut deviner la densité narrative ou relever l’épaisseur philosophique qui nous attend au dénouement. Antigone est une figure révoltée, comme on peut la penser dans l’esprit de Camus. La révolte est toutefois moderne ici ; la pièce se construit en miroir inversé de l’œuvre de Sophocle : il ne s'agit plus de s'insurger contre le destin ou les dieux, mais bien contre l’homme et sa politique.
Le texte oppose deux tragiques à travers les figures d’Antigone et de Créon. Leur traitement ne souffre jamais de la caricature. Créon apparaît d’ailleurs comme un homme plutôt raisonnable en ce qui concerne un argumentaire autour de la nécessité d’investir la loi. Mais qu’est-ce que l’ordre face au désenchantement ? Tout caractère raisonnable ne saurait réprimer les affects qui structurent Antigone.