Ce n'est pas tant la douceur de l'album qui m'aura dérangé, mais plutôt la (post)production extrêmement lisse et les compositions majoritairement trop linéaires et insipides.
Comment est ce que des chansons puissent sonner de façon très similaire, alors qu'elles ont toutes été enregistrées dans des studios différents ? Est ce qu'il y a une explication à cette froideur qui ressort de ces balades, dans lesquelles on ne retrouve plus cet esprit à la fois aérien et léger ? Qu'est-il arrivé des nombreux changements de riffs mélodiques et audacieux à l'instar du merveilleux "Aurora" de l'album There is Nothing Left to Lose ?
Je remarque aussi, après plusieurs écoutes, que je ne ME reconnais absolument pas à travers ces morceaux. En écoutant Echoes, Silence, Patience & Grace par exemple, je ressentais une forte intimité avec les compositions. Je ne retrouve plus l'esprit chaleureux de la balade "made in Foo" qui permet de nous évader, seul dans notre chambre. Est-ce dû à l'abus de pistes guitares donnant un son trop épais, qui font passer les morceaux à côté d'un résultat émotionnel efficace ? L'album que j'ai cité en dernier, avait ce son doux, chaud et reposant (écoutez "Statues" !). Les morceaux de Sonic Highways semblent être destinés à faire rugir les stades par des morceaux génériques, mécaniques. Comme je n'ai pas vraiment de réponses mais plutôt des hypothèses, en voici une dernière : serait-ce la faute à la post-production (compression) ? On pourrait dire ça, mais les compositions en elles-mêmes ne comportent pas énormément de qualités non plus.
"Something from Nothing", "Feast and the Famine" et "Congregation" (ma préférée de l'album) ont réussi à me donner quelques élans d'headbang et de "air drumming" ! Certains riffs s'enchaînent bien et dégagent une énergie évidente. Le solo planant by Joe fucking Walsh sur "Outside" est très inspiré, de même que le break de "Congregation" qui fait dériver l'ambiance du morceau d'une façon surprenante et agréable.
Là où ça cloche, c'est à partir de "What Did I Do" qui semble uniquement composé de riffs de récupération (du genre B-sides) afin de créer un faux-morceau concept qui ne m'a absolument pas rendu sensible. Les 3 dernières de l'album m'ont tellement déçu que je n'ose à peine revenir dessus : elles représentent pratiquement tous les points négatifs de l'album que j'ai relevé plus haut. C'est malheureusement bien trop plat ! Aucun morceau couillu ou osé comme "White Limo" dans le très bon Wasting Light qui permettait de briser habilement l’homogénéité de l'album.
J'ai bien évidemment critiqué et noté cet album indépendamment de la série TV diffusée sur HBO, qui retrace le processus d'enregistrement de l'album à travers huit studios américains emblématiques. Même cette série-documentaire (très intéressante) n'arrivera pas à m'enlever de l'esprit que je considère Sonic Highways comme l'oeuvre la moins intéressante des Foo Fighters. Je n'ai plus qu'à espérer que le groupe retourne humblement dans un studio de leur choix pour se concentrer longuement sur la création de compositions dignes de ce nom.