La cohésion du groupe, déjà bien entamée avec les aventures houleuses « Load » et « Reload », se disloque avec la tournée qui a suivi. Jason Newsted après 14 ans de bons et loyaux services, mais lassé par la musique jouée qui ne lui convenait plus, s’en va en 2001 vers d’autres territoires. Officiellement, c'est pour "raisons de santé". En réalité, on sait après que ses relations avec Hetfield sont devenues détestables et que ce dernier n'a pas accepté que Newsted se lance dans un groupe parallèle en 2000. Le nouvel album est donc élaboré entre 2001 et 2003 sans lui, Hetfield partant faire une cure de désintoxication pour soigner ses addictions et interrompant l’enregistrement. Quand il reprend, c’est à ses conditions : enregistrer uniquement de midi à seize heures pour qu’il puisse passer du temps avec sa famille. Le groupe est alors proche de la séparation et tout ce beau monde va s’en sortir en pratiquant une vraie cure de psychanalyse, filmée par des caméras pour le documentaire « Some Kind of Monster » relatant l’enregistrement compliqué de cet album. Contre toute attente, elle va fonctionner. Ils vont aussi rechercher un nouveau bassiste. Mais quand ils commencent, le moral en berne et plein de colère pas du tout rentrée, c’est Bob Rock qui assure la basse en plus de la production. Et la prise de son, justement, c’est le plus gros problème de cet album. Assez incompréhensible venant d’un groupe (et d’un producteur) aussi aguerris. On le sait, les fans s’en sont plaint immédiatement et s’en plaignent encore : la batterie de Lars sonne comme une batterie de cuisine !!! On a l’impression à certains moments que le batteur tape, furieusement certes, mais sur une grande bassine à confiture en cuivre, vous voyez ?! Plat, inexorablement plat, comment ont-ils laissé passer ça ???
Du coup, l’album est plombé par ce son pas à la hauteur d’un géant comme Metallica. Ajoutons à ça, une inspiration très moyenne que ce soit les musiques ou les paroles : « Purify, can't you help me?/ Purify, won't you help me?/ Purify, you and I/ Purify, you and I » (« Purify »)…et on comprend pourquoi cet album a mauvaise presse. C’est vrai, on sent un côté très brutal, violent dans cet album sans solo, un rock hard plein de colère et d’angoisses, de reproches les uns contre les autres, les musiciens ayant cité l’influence de groupes comme Entombed et Meshuggah (eux-mêmes influencés par le Metallica thrash des débuts). Il commençait plutôt bien (batterie exceptée bien sûr) avec « Frantic » et « St Anger », les deux morceaux vraiment à sauver mais le soufflé de 75 mn retombe vite ensuite avec des titres trop longs et qui finissent un peu par tourner en rond. Le final « All Within My Hands » dure 9 minutes et s’éternise une nouvelle fois. Preuve que cet album a du mal à tenir la route avec trop de morceaux moyens, c’est que je me souviens que lors de leur concert (superbe) à Bercy en 2003, ils n’avaient joué que « Frantic » et «St Anger » (passant magnifiquement d’ailleurs l’épreuve de la scène) au milieu de leurs classiques, laissant les autres au placard. James nous avait demandé si on aimait l’album et la réponse positive polie de la salle ne montrait pas un enthousiasme débordant…Mais avec le grand et sympa Robert Trujillo (il nous avait joué avec Kirk «Ma Gueule » au Stade de France en 2019 😄), ils avaient trouvé le bassiste adéquat qui allait relancer la machine et leur donner jusqu’à aujourd’hui un nouveau souffle. Même si cet album n’est pas une réussite, à la limite, peu importe. Dans une situation proprement chaotique, le groupe a joué sa survie, devant livrer un album coûte que coûte, totalement imparfait, avec un son pas terrible. Comme l’a très bien résumé Bob Rock : « Cet album devait être fait pour assurer le futur de Metallica (…) Sans lui, Metallica n’existerait plus aujourd’hui ».