Bowie nous offrait avec ce live 1978 un album en public plus consistant que le « David Live » de 1974. Ce live dans une période "de transition" après l'aventure Ziggy Stardust avait été à juste titre critiqué. On sent donc qu'il veut remettre ici les pendules à l'heure et montrer à quel point il maîtrisait la scène, en en faisant un terrain d'expérimentation, visuelle, sonore et même théâtrale (sa passion pour le mime). Il était dans sa période dite berlinoise et mise donc sur les deux premiers albums de cette époque, « Low » et «Heroes », sortis en janvier et octobre 77. Cette tournée Isolar II Tour l’a emmené autour du monde, Amérique du Nord et Europe mais aussi Japon et Océanie. Bowie est ici enregistré à Philadelphie, Providence et Boston mais Carlos Alomar a raconté que l’artiste faisait précieusement enregistrer chaque concert pour lui. Alors oui, les albums berlinois ne sont pas les albums les plus faciles à aborder de sa discographie et encore moins la tournée qui a suivi avec des concerts où le visuel comptait autant que la musique : la scène est décorée d’alignements de néons blancs qui donnent un aspect très froid, presque clinique. David endosse lui son personnage du Thin White Duke, le visage blafard, les joues creusées, on devine aussi le poids des excès nombreux à cette période. Il s’est entouré d’un groupe de très haut niveau avec Adrian Belew et Carlos Alomar aux guitares, Roger Powell et Sean Mayes aux claviers, Simon House au violon, George Murray à la basse et Dennis Davis à la batterie.
C’est vrai que cet album live est d’un abord moins « évident » que «Ziggy Stardust and the Spiders from Mars the Motion Picture » en 1973. Bien sûr, quelques tubes sont là mais on est loin d’un best of. Le début sur l’instrumental "Warszawa" peut déconcerter mais donne d’emblée l’ambiance, loin d’une fanfare tonitruante. Des instrumentaux, il va y en avoir plusieurs lors de ces concerts. « Heroes » enchaîne et le public a aussi droit dans la 2e partie du concert à des morceaux tirés de « Ziggy Stardust » (qui ne remplaceront pas ceux avec Mick Ronson). C’est peut-être dans les titres un peu moins connus que les versions sont meilleures que celles en studio : "Beauty And The Beast", "What In The World", "Be My Wife", "Breaking Glass" ou encore « Stay » (fabuleuse version, pour moi la meilleure en live existante) gagnent toutes en énergie. Les trois morceaux qui clôturent le disque sont tous tirés de Station To Station (1976). Tout d'abord, l'envoûtant "Station To Station", qui dure ici près de neuf minutes, est toujours aussi génial. On retrouve ce morceau sur la bande originale du film « Moi, Christiane F. ». Puis "Stay" et enfin, "TVC 15" lui aussi bien envoyé. La version originale de l’album omettait certains morceaux et ils étaient en plus dans le désordre afin de débuter par les titres de Ziggy Stardust, les plus connus. Tout ça a été remis dans l’ordre et des titres ont été ajoutés. La version de 2017 en ajouta encore deux supplémentaires (« The Jean Genie » et « Suffragette City ») permettant d’avoir ce à quoi ressemblait alors un concert presque complet (« Rebel Rebel » joué en rappel continue à faire défaut). Un gros cran au-dessus le live 74 mais en dessous les adieux de Ziggy Stardust en 73 qui resteront son testament live le plus brutal et rock. Un concert assez austère mais qui envoie bien et qui reste un de ses meilleurs.