Après des années 70 avec de bons albums (mais un grand public qui les oubliait de plus en plus, en particulier en Europe où ils apparaissaient comme une relique des années 60), «Give the People What They Want » en 1981 les avait replacés sur le devant de la scène. Le groupe a alors tourné longuement à travers l'Amérique, l'Angleterre, l'Australie et le Japon. En 1983, ils poursuivent avec ce « State of Confusion » dont le titre est en quelque sorte un était des lieux du groupe, soumis à de fortes et anciennes tensions en particulier Ray et Dave. La pochette les montre d’ailleurs partant chacun dans une direction différente, tout un symbole. Ils restent ici dans un son plus brut, plus rock que celui des années 70 : les punks étaient passés par là depuis et les Kinks pouvaient apparaître comme un des parrains du mouvement avec « You really got me » par exemple. Cet album va très bien marcher avec un titre en particulier qui va cartonner, « Come Dancing », étrange mélange de rock et de valse, musicalement guère passionnant. Les paroles semblent insouciantes et légères. Mais le thème typiquement britannique (les salles de bal racontées par un jeune colporteur de l’East End londonien) cache une blessure profonde et Ray s’est inspiré de l’histoire de sa sœur aînée, décédée en 1957 d’une crise cardiaque alors qu’elle était en train de danser et qu’elle lui avait offert une guitare acoustique dont il rêvait. Un album où les thèmes de la frustration, du temps qui passe et dont il faut profiter le plus possible, reviennent fréquemment mais l’inspiration des deux frères a l’air un peu en berne.
Heureusement, « Young Conservatives » déboule et là, les Kinks retrouvent de leur superbe, guitares bien en avant et paroles acerbes comme au temps de leur âge d’or, à l’heure du reaganisme triomphant prônant l’ultralibéralisme et le retour des valeurs morales : « Revolution used to be cool/ But now it's out of fashion/ Politeness is the rule,/ And not an angry young man's passion. /And they've used up all the alternatives, /And they're rushing down the street to join/ the young conservatives. » (« Young Conservatives »). La charge est vitriolée et réussie. C’est mon morceau préféré sur cet album. « Labour of Love » possède elle aussi des aproles acerbes sur le couple et le mariage : «The torments, the worries and whoas/ The battles, the fights, the bruises and bites,/ That's the way that a true love grows » (« Labour of Love »). le temps ne fait jamais de cadeaux et les disputes, les engueulades vont forcément finir par survenir. Mais on reste ensemble par habitude, par convenance, pour les enfants, peu importe en fait. Dans ces chansons-là, Ray s’y révèle au meilleur de sa forme et elle est quand même bien disparate dans l’album. Malgré le succès, les tensions entre les musiciens sont allées en grandissant. Ray Davies s’est lancé dans un projet de film. Mick Avory quitta le groupe en plein enregistrement de l'album suivant, « Word of Mouth », sorti fin 1984. Bien que les Kinks (réduits aux frères Davies) aient continué à sortir des albums studio jusqu'au début des années 1990, ils ne retrouvèrent jamais le succès qu'ils avaient connu.