Chronologie The Beach Boys - Part. 26 :
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"Still Cruisin' " n'est disponible sur aucune plateforme de streaming à date , et il n'a jamais été réédité en format physique, ce n'est que grâce à une playlist Youtube que j'ai pu le découvrir. Je ne sais pas si c'est un désaveu de la part du groupe de le laisser de côté (parce que ça faisait pourtant des décennies que le groupe n'avait pas eu un album avec d'aussi bons scores) mais en tous cas c'est très particulier de l'écouter dans ces conditions. Visiblement à la base Mike Love voulait compiler toutes les chansons du groupe qui étaient apparues dans des B.O. de films dans un seul et même album, la tête de gondole étant bien sûr l'énorme carton de "Kokomo" , écrit pour le film "Cocktail" avec Tom Cruise. En plus de celui là on peut donc retrouver des morceaux écrits spécialement pour des B.O de films comme "Still Cruisin'" et "Make It Big" (respectivement dans "L'Arme Fatale 2" et "Les Scouts de Beverly Hills") , et ils ont calé vite fait à la fin les versions originales de "I Get Around", "Wouldn't It Be Nice" et "California Girls" , présents en effet sur plusieurs B.O. , mais surtout là pour faire gonfler la durée du disque. En plus de ça , il y a une reprise de l'instrumental "Wipe Out" de "The Surfaris", dans lequel les rappeurs des Fat Boys ont rajouté des paroles (où ils laissent étrangement entendre que "Wipe Out" est un morceau original des Beach Boys, alors que pas du tout) et le groupe fait des chœurs ultra convenus derrière. Pour terminer on a 3 morceaux originaux, dont un morceau de Brian (et quasi seule preuve de son implication vu qu'on ne l'entend nulle part ailleurs), clairement une chanson solo où Carl et Al ont rajouté des chœurs derrière pour faire comme si elle n'était pas placée ici juste pour des raisons contractuelles, et un morceau de Al qui arrive là encore comme un cheveu sur la soupe avec ses sonorités reggae pas dingues.
C'est vraiment n'importe quoi cet album , Carl chante , mais il n'a pas participé à l'écriture, Brian toujours cloisonné par son psy qui apparait juste pour les clips en arrière plan et dans "In My Car", le duo Mike Love et Terry Melcher aux manettes qui essaye de donner une tournure exotique très club med 80's à l'ensemble, et trois morceaux de clôture même pas réenregistrés, ni réinterprétés, juste les chansons qu'on connait et qu'on adore, certes, mais placées ici de façon totalement aléatoire... Tous ces éléments ne donnent pas franchement envie d'accorder beaucoup d'importance à "Still Cruisin' ", mais ça serait malhonnête de dire que tout est à jeter...
Paradoxalement, le salut vient en partie de quelqu'un qui a toujours été présent en parallèle du groupe, mais jamais encore directement dans la composition : John Philipps des "Mammas & Papas", qui participe à l'écriture de deux chansons, de loin celles qui sortent le plus du lot. "Somewhere Near Japan" , écrit à propos de sa fille , est certes entourée par une histoire très glauque quand on se renseigne un peu, mais possède cette qualité mélodique très envoutante, cette beauté des harmonies et de l'alternance des 4 voix, et un vrai bon refrain, c'est une des rares bonnes surprises de ce disque. Et bien sûr il a aussi amené "Kokomo", morceau pour lequel je n'ai pas énormément d'affect, mais qui a toutes les qualités d'un vrai gros et bon tube, et que le groupe emballe à merveille. Au delà de ça je sauverai peut être "Make it big" , qui a quelques bonnes idées, notamment l'alternance Carl / Mike dans le refrain, mais les autres morceaux me sont passés au dessus de la tête, même le Brian et le Al.
Le groupe a déjà fait des albums concepts un peu artificiels comme "Little Deuce Coupe", "Beach Boys Christmas" et "Beach Boys Party" , mais ils collaient très bien à l'évolution du groupe à leur sortie et étaient pour la plupart vraiment bien incarnés et exécutés, mais "Still Cruisin' " est simplement artificiel, une succession de titres écrits par des gens compétents mais totalement déconnectés les uns des autres et avec une production qui a quand même mal vieillie. La conséquence logique d'une décennie décidément très mal gérée et digérée...