La Région Sud fraîchement annexée, Stupeflip embraye sur un second album tout aussi pêchu, mais davantage abouti : derechef, on apprécie grandement le pont opéré entre le dernier morceau et le suivant, la liaison de l’outro à l’intro illustrant une vision par-delà l’imagerie seule, pourtant déjà prégnante dans l’univers que développe à l’envie l’inclassable groupe.


Telle une suite logique au poids conséquent des interludes, ce trait caractéristique souligne donc l’idée que Stupeflip sait parfaitement là où il va (tout en restant surprenant), et dresse une cohérence d’ensemble incongrue, la diversité de genres et le grand n’importe quoi (apparent) des lyrics pouvant laisser penser le contraire ; car là où le premier album faisait office de rampe de lancement foutraque, décomplexée et sans garde-fous, ce Stup Religion lui emprunte sa douce folie pour l’utiliser à meilleur escient.


Certes, Krou Kontre Attakk prend rapidement à la gorge (il rappelle L’Épouvantable Épouvantail), mais son énergie déjantée tenant lieu de réjouissance, cet album semble d’entrée se présenter sous les meilleurs auspices : comme de juste, La Religion du Stup se pose ensuite comme le fer de lance d’un background étoffé, à l’orée d’une métaphore religieuse (ou sectaire) aucunement prétentieuse.


D’autres pistes abonderont en ce sens, tel le fameux Stup Monastère, mais ce second opus possède d’autres cordes à son arc : parmi elles, la propension anti-système demeure d’actualité, et se corrèle à une conjoncture contractuelle délicate pour Stupeflip, d’où une dénonciation mordante en filigrane. Le rôle des personnages évolue également, L’Enfant Fou et Le Cartable revêtant un soupçon d’introspection déguisée, tout en servant au mieux l’approfondissement d’une palette de ton au service de l’écoute, jamais laissée aux mains d’une approche unique comme redondante.


Les quelques apparitions de Pop Hip, décriées par certains, sont à ce titre primordiales au sein de Stup Religion.


Il y aurait encore tant à dire sur tel ou tel morceau pris à part, mais tout l’intérêt de Stupeflip tient bien en la forme globale de l’album, qui fait donc encore mieux que son aîné : tantôt nerveux, sinon mystique, ou encore grave, le Crou revient encore plus fort et délivre une prestation excellente, fidèle à ses fondations tout en évitant l’écueil de la redite.


Un paradoxe au regard des auto-références à profusion, quand il ne s’agit pas de reprises davantage brutes, mais là est tout le mérite de Stupeflip : il se suffit à lui-même, et cela fonctionne diablement bien.

NiERONiMO
9
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Créée

le 5 sept. 2017

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