L’album "SUM/ONE" de bEEdEEgEE (projet solo de Brian DeGraw, membre du groupe Gang Gang Dance) constitue une proposition musicale audacieuse, dont l’ambition expérimentale mérite autant l’attention que la nuance critique. Si l’ensemble ne parvient pas toujours à convaincre par sa cohérence ou sa clarté formelle, il témoigne néanmoins d’une démarche artistique singulière, à laquelle je reconnais une certaine force évocatrice. Ma note de 7/10 reflète ainsi un équilibre entre admiration pour l’intention et réserves sur la réalisation.
Dès les premières plages, "SUM/ONE" se distingue par une surcharge sensorielle volontaire : les couches sonores s’y entremêlent de manière dense, voire chaotique, créant un univers musical aux frontières mouvantes entre musique électronique, pop expérimentale et ambient. L’artiste semble revendiquer une esthétique de la fragmentation, comme si chaque morceau se construisait et se déconstruisait simultanément.
Cet aspect peut, dans un premier temps, déconcerter l’auditeur. Toutefois, lorsqu’on accepte cette logique de la déstabilisation, l’album révèle une richesse de textures, une inventivité rythmique et une liberté formelle qui le placent à l’écart des productions électroniques plus conventionnelles.
Certains titres — notamment "Flowers" ou "Bricks" — parviennent à conjuguer complexité rythmique et efficacité mélodique. Ces morceaux incarnent, à mon sens, les moments les plus aboutis du disque : ils illustrent la capacité de DeGraw à intégrer une sensibilité pop dans un cadre expérimental sans en affaiblir la radicalité.
Toutefois, l’album peine parfois à maintenir cette tension. Certains morceaux s’étirent sans véritable direction, diluant alors l’impact de l’ensemble. Ce manque de lisibilité dans la structure de certaines compositions rend l’écoute inégale et peut engendrer une forme de fatigue auditive.
"SUM/ONE" n’est pas une œuvre immédiate : elle exige de l’auditeur une attention soutenue et une certaine disponibilité intellectuelle. Elle se refuse à toute forme de consommation passive, ce qui, en soi, constitue un positionnement artistique respectable. Mais cette exigence peut également représenter une barrière d’accès, et expliquer en partie la réception contrastée que l’album suscite.
Malgré ses imperfections, "SUM/ONE" demeure un projet intéressant, parfois fascinant, souvent déroutant. Il s’inscrit dans une démarche exploratoire authentique, qui privilégie la recherche et l’intuition à la lisibilité formelle. C’est une œuvre qui se vit plus qu’elle ne se comprend, et dont la puissance évocatrice réside autant dans ce qu’elle suggère que dans ce qu’elle affirme.
En conclusion, bien que l’album n’atteigne pas toujours ses ambitions sur le plan de la cohésion, il offre une expérience sensorielle marquante et témoigne d’une démarche artistique singulière. Il s’adresse à un public curieux, ouvert à l’expérimentation, prêt à accueillir l’inattendu. En cela, "SUM/ONE" mérite d’être écouté, interrogé, et, peut-être, apprivoisé avec le temps.