Sessions qui n’usurpent pas leur nom

Le musicien-producteur Al Kooper a l’idée en 1968 de réunir un groupe de musiciens pour enregistrer un album en 2 jours et il fait appel à Mike Bloomfield, un immense guitariste qui n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait. Il s’agit plus de jam sessions largement improvisées sur le moment mais le jeu des musiciens va être stratosphérique (Face A du vinyle, plus blues et presque funky à certains moments). 3 originaux sont signés par Kooper et Bloomfield et 2 reprises apparaissent « Stop » et « Man’s temptation » de Curtis Mayfield. A noter surtout un "His Holy Modal Majesty" qui rend hommage à Coltrane, décédé quelques mois auparavant. Seulement, voilà, Bloomfield, souvent instable, s’en va à la fin de la 1ère journée de studio et Kooper est donc obligé d’appeler en urgence Stephen Stills, qui était en train de quitter le Buffalo Springfield. Ça sera la face B du vinyle constituée d’un Season of the witch de 11 mn et de morceaux plus courts, format chanson, dont une reprise de Dylan, "It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry". Ça joue magnifiquement tout du long et cet album a donné naissance à une idée qui allait vite devenir à la mode, celle de « super-groupe » même si en réalité Kooper, Bloomfield et Stills n’ont pas joué ensemble lors de cet enregistrement. Il ne faut pas oublier que Stills est un excellent guitariste, ce que cet album rappelle. Stills se souviendra du "super-groupe" en fondant CSN&Y, l'année suivante. C’est une vraie réussite alors que ce genre d’album improvisé peut vite partir dans toutes les directions ou alors chaque musicien cherchant à tirer la couverture à lui ! Ici, rien de tout ça, seul le son collectif importe, chacun donnant le meilleur de lui-même. Un album devenu aujourd’hui un classique du rock de la fin des années 60 et on comprend pourquoi en l’écoutant. Il y souffle une énergie, un plaisir et une liberté qui font toujours du bien.

JOE-ROBERTS
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le 12 mars 2025

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