Cette double compilation contient 50 titres du début des années 60 quand la Californie faisait rêver le monde entier sur fond de soleil éternel, du mythe de l’American way of life triomphant, une sorte de coolitude, sea, sex & sun. Evidemment, le sommet de la coolitude, c’est de pratiquer le surf ! On retrouve ici les classiques du genre et des groupes beaucoup moins voire pas du tout connus, en dehors des spécialistes. Au rayon des classiques, le 1er CD débute avec le maître du genre, Dick Dale, et son « Miserlou » en 1962 et à qui Quentin Tarantino a donné une nouvelle jeunesse en le reprenant dans son « Pulp Fiction ». Ce morceau vaudra à Dale le surnom de King of Surf Guitar, rien que ça ! Dans le CD2, c’est son autre grand tube « Let’s go trippin’ » qu’on peut écouter. Et là, on comprend que cette musique en majorité instrumentale, la guitare bien en avant avec une forte réverbération, est en réalité faite d’apport de différents horizons, avec des sonorités des Caraïbes, d’Amérique du Sud (Mexique…) et du Moyen-Orient. «Miserlou » est d’ailleurs une reprise d’une chanson folklorique grecque ! La Californie devient alors une terre où la jeunesse américaine se prend à rêver d’un autre mode de vie que l’American Way of Life très conformiste. La rencontre aussi du tout jeune rock’n’roll avec des influences instrumentales diverses avec le seul objectif de faire danser.
Dale est suivi par The Ventures, autre groupe emblématique de la surf music, avec « Walk Don’t Run » et bien sûr l’immense Link Wray, guitariste exceptionnel qui a crée un son à lui seul (« Jack the Ripper », « Rawhide », « Slinky », « Right Turn » sont sur cette compilation) et dont le talent va bien au-delà de la simple surf music. Pour moi, Wray est hors catégorie et il était idolâtré par Jeff Beck (entre autres). Duane Eddy présent sur plusieurs morceaux (Ramrod », « Shazam »), a eu lui aussi une influence profonde sur de nombreux musiciens comme Hank Marvin ou Mark Knopfler. Et justement, Marvin et ses Shadows interprètent « Apache » sur le CD2, tube inoxydable, un bonheur à chaque écoute comme l’est le « Sleepwalk » de Santo & Johnny (génial). Cette compilation fait passer un très bon moment, même en plein hiver, on pourrait se croire sur la plage de Santa Monica, Hermosa Beach ou Laguna Beach, un cocktail à la main et l’autoradio à fond ! Ca, c’est la magie de la musique ! Pourtant, la British Invasion avec l’arrivée des Beatles en 64, puis Stones, Kinks et Who va coller un sale coup à la surf music, vite passée de mode. Elle va cependant connaître plusieurs renouveaux à partir des années 70. Bien sûr, il manque ici des incontournables comme les Beach Boys (sans doute pour des questions de droits), à qui souvent on réduit la surf music de manière simpliste, mais j'ai découvert pas mal d'artistes. Une compilation très agréable, fraîche et dépaysante.