Swimming
7.4
Swimming

Album de The Names (1982)

Swimming porte bien son nom. Dès le premier morceau, The Names nous attrape par les chevilles et nous entraîne sous la surface. Pas vraiment la Méditerranée en août, plutôt la mer du Nord en février, avec Martin Hannett, producteur de Joy Division, chargé de régler la température de l’eau.


Sorti en 1982 sur Les Disques du Crépuscule, Swimming est le 1er album du groupe bruxellois enregistré à Manchester. La patte d'Hannett est immédiatement reconnaissable dans cette batterie qui semble parfois enregistrée dans une pièce voisine, ces guitares qui surgissent puis disparaissent, cette basse qui prend tranquillement possession des lieux, les claviers perdus dans la brume et surtout cet espace immense laissé entre les instruments. Difficile évidemment de ne pas penser à Joy Division, mais la ressemblance s’arrête assez vite là. Swimming est moins oppressant, plus mélodique et surtout plus fluide. The Names ne cherche pas à rejouer Manchester à Bruxelles et impose bel et bien sa propre personnalité. Il y a notamment cette idée un peu casse-gueule sur le papier des bruits d'eau reliant les morceaux qui donne son unité au disque. On ne passe plus réellement d’une chanson à une autre, on dérive. Et cette sensation de flottement finit par devenir l’une des grandes forces de Swimming.


La première face reste plus vive tandis que la seconde ralentit et s’assombrit. Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait un hasard car Hannett avait proposé de concevoir les deux faces comme un versant « jour » puis un versant « nuit ». Une construction qui donne au disque cette impression de glisser peu à peu de la lumière vers l’obscurité.


Cette cold wave n’a pas besoin de forcer le trait, de sortir le grand imperméable noir et de regarder ses chaussures avec l’air de porter toute la misère du monde sur ses épaules. The Names préfère jouer sur la fragilité et les nuances. La noirceur vient davantage de l’espace laissé autour des notes que des notes elles-mêmes.


On peut d’ailleurs penser par moments au Cure de Seventeen Seconds ou de Faith, mais davantage pour le climat que pour une véritable filiation. The Names reste ailleurs, quelque part entre les espaces glacés façonnés par Hannett à Manchester et l’élégance arty des Disques du Crépuscule, ce drôle de laboratoire bruxellois où post-punk, pop et avant-garde se mélangeaient.


Curieusement, Swimming est largement passé sous les radars en 1982 et The Names n’a jamais bénéficié de la reconnaissance de certains de ses cousins de la galaxie Factory. Difficile de ne pas penser que son origine bruxelloise y est peut-être pour quelque chose. À l’époque, pour entrer dans la grande histoire du post-punk, mieux valait manifestement avoir grandi sous la pluie de Manchester que sous celle de Bruxelles. Mais la géographie n’explique sans doute pas tout. The Names traînait aussi comme un boulet les comparaisons avec ses cousins mancuniens, tandis que Swimming débarquait en 1982 au moment précis où la grande glaciation post-punk commençait à dégeler.


La presse britannique, qui avait largement ignoré l’album à sa sortie, commençait déjà à regarder ailleurs. Joy Division n’existait plus, Magazine et Josef K avaient disparu, tandis que New Order, The Cure ou Cabaret Voltaire commençaient déjà à s’éloigner de cette esthétique sombre et glacée. The Names se retrouvait donc dans une position assez ingrate, trop proche de cette première vague post-punk pour échapper aux comparaisons mais arrivant peut-être trop tard pour en recueillir les fruits.


Mais finalement, plus de quarante ans après, tout cela importe assez peu. Quand on écoute cet album aujourd’hui, on peut faire fi de tous ces éléments qui ont probablement contribué à son manque de succès. Il ne reste plus que la musique, débarrassée de son contexte et des comparaisons qui lui collaient à la peau. Et là, le constat est assez simple. Swimming n’a pas grand-chose à envier aux disques de groupes britanniques comme A Certain Ratio, The Sound ou Section 25.


Le temps n’a peut-être pas donné à The Names la place qu’il aurait méritée dans l’histoire du post-punk, mais il a rendu à Swimming un sacré service en nous permettant de l’écouter sans nous demander d’où il vient, à qui il ressemble ou s’il est arrivé trop tard.


Juste l’écouter et constater qu’il est sacrément bon.

Kodack1
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