Tago Mago
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Tago Mago

Album de Can (1971)

Chronique démoniaque et élégiaque du Mal du Siècle vertueux par ses vices éventrés

Chaque personne a un Chaos en elle. Un Enfer qui ne demande qu'à se libérer un peu de sa charge lourde par quelque entremède que ce soit, comme le rock par exemple. Can, "Tago Mago" en particulier, vont plus loin. Bienvenue dans l'Enfer situé au sein d'un Fou. Probablement schizophrène, shooté par toutes les drogues possibles. "Tago Mago", enregistré dans un château (rien que ça, ça rend l'album badass), ne ressemble à aucun autre. Il est hors du temps, démesuré, détraqué. Il est chaotique. Comme nous.
Vous aimez les champignons qui semblent voler comme des maisons en papier (cette comparaison tient pas la route je sais, mais voilà) ? Y'a "Paperhouse".
Vous aimez les lancinants hommages au Diable, la Mort murmurée comme si elle était votre femme, pour un rythme infernal qui finit par vous encercler comme des flammes ? Y'a "Mushroom". Le seul titre relativement court et accessible. Tous les autres sont impitoyables.
Vous aimez perdre la notion du langage (entendez par là un chant remonté à l'envers pour ce titre), et pénétrer dans un vrai Adieu à celui-ci en traversant une cérémonie démolissant toutes les conventions ? "Oh Yeah" est là ! Par contre, je comprendrais jamais ce titre. Faut savoir que les paroles ont toujours semblé comme une case à cocher chez Can, dispensables dès qu'ils le pouvaient...
Vous aimez imaginer des volcans, des vers de terre débordant des cerveaux, ou bien le sentiment merveilleux d'être piégé comme dirait Thiéfaine ? Probablement pas, mais grâce à "Hallelluwah", vous apprendrez qu'au fond, vous aimez bien ça. Une tornade incroyable de 18 minutes, et personnellement mon titre préféré de ce disque, délicieusement chamanique. Avec une batterie possédée par Lucifer lui-même.
Deuxième disque, deuxième ration ! Plus profondément, jusqu'à l'Inconnu, jusqu'à la profonde Détresse, sans issue ni espoir.
Vous aimez les expériences incantatrices, échappant aux religions comme au spiritualisme, avec des voix vous pénétrant par tous vos trous (désolé pour l'image, mais je trouve vraiment que c'est le cas) et une ambiance aussi glauque que des égouts ? Y'a le si bien nommé 'Aumgn".
Vous aimez l'expérimentation, poussant les possibilités de la Musique jusque dans ses retranchements, pour sombrer jusque dans la perte de la notion de la Pensée ? Y'a "Pecking O". Le stade ultime de la Folie. On n'en revient pas.
Et puis, le dernier titre vous fait lentement sortir du cerveau malade qui illustre la pochette, par une bouche qui vous recrache comme il recracherait de la mauvaise herbe. "Bring me Coffee or Tea" est là pour vous proposer une collation après cet exquis calvaire. Il vous demanderait presque si vous n'avez pas été trop secoué. Parce que bon, on rigole on rigole, mais ce voyage psychiatrique a duré 1 h 20 au total ! De quoi rebuter, bien sûr. De quoi vous traumatiser même. On ne peut pas se préparer à ça, comme on ne peut pas se préparer à perdre la raison. C'est un plaisir masochiste incroyablement enrichissant, pour nos propres Chaos à nous, qui ont toujours besoin de miroirs pour se répercuter un peu ailleurs que dans nos cœurs endoloris par l'effroi de ce monde.

Billy98

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