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Lanterne magique
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le 24 nov. 2014
Avec Tales of Us, Goldfrapp opère un virage intime et littéraire. Fini les éclats synthétiques : ici, tout est feutre, corde, souffle. Ce choix audacieux crée une ambiance enveloppante, mais parfois trop uniforme. Si l’album m’a plu (7.5/10), c’est surtout par la richesse de ses textes — à la fois mystérieux, évocateurs et chargés d’un imaginaire sensoriel fort.
Chaque morceau est un nom, un personnage, une histoire qui s’écrit à demi-mots. Annabel, inspirée par le roman de Kathleen Winter, explore avec délicatesse la question de l’identité de genre. Goldfrapp y déploie une écriture pudique mais profondément émotive : « When you dream you only dream you’re Annabel » — une phrase simple, mais lourde de désir d’émancipation et de trouble.
Drew, plus charnel, mêle nostalgie amoureuse et perte dans une langue douce et sensuelle. Laurel, quant à elle, évoque un danger latent, presque cinématographique, où chaque mot semble suspendu dans une tension feutrée. Ce flou volontaire, cette imprécision poétique, est à la fois la force et la limite de l’album : on admire la beauté du voile, mais parfois on aimerait voir ce qu’il cache.
Il y a quelque chose de presque cinématographique dans la façon dont Goldfrapp écrit. Les paroles agissent comme des scènes éclatées, des souvenirs flous ou des rêves étranges. Cette approche crée une profondeur indéniable — mais peut aussi laisser l’auditeur à distance, surtout si l’on cherche des récits plus explicites ou des refrains marquants.
Tales of Us est un album qui parle bas, mais qui pense fort. Sa beauté repose dans ses silences, dans ses ellipses, dans cette écriture qui préfère suggérer plutôt qu’expliquer. Un disque qui se lit presque comme un recueil de nouvelles : fragmentaire, délicat, parfois frustrant… mais souvent poignant.
Créée
le 17 avr. 2025
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