Ce coffret de 4 CD rend enfin un bel hommage à un groupe (presque) totalement oublié des années 80 qui ne nous a offert que deux albums avant de se séparer, dans une indifférence absolument injuste. Il venait de Liverpool (tiens, tiens) et il comprenait Mick Head (chant et guitare), Chris McCaffery (basse), Thomas Whelan (batterie) et Andy Diagram (trompette). Le 1er album des Pale Fountains est sorti en 1984, aujourd’hui passé aux oubliettes pour le grand public, il est par contre vénéré par quelques fans qui en rappellent l’importance dans les années 80. L’album a sans doute été desservi par cette pochette historique étrange (le « garçon à la cartouchière » prise lors de l’insurrection de Budapest en 1956) et qui semble n’avoir pas grand rapport avec la musique du groupe de Michael Head. Une musique fraîche, joyeuse et ensoleillée, mélange de pop mélodique, de jazz (Beyond Friday’s Field), de soul, et même bossa nova (écoutez Abergele Next Time, superbe) avec des arrangements très soignés qui sentent bon les sixties (on pense souvent à Burt Bacharach). On pense aussi aux Beatles bien sûr mais plus encore à Love : ils pratiquent le même genre musical de pop sophistiquée que le groupe d’Arthur Lee. Natural (très pop rock avec guitares en avant), Something on my mind, You’ll start a war et Thank you (en bonus) auraient pu (et auraient objectivement dû) être des tubes à ce moment-là…

Il n’en a rien été et l’album a fait un flop, sans doute en avance de 10 ans sur son époque, la pop soul allait dominer les classements dans les années 90, il suffit de penser à Neil Hannon de The Divine Comedy qui a dû écouter les Pale Fountains plus d’une fois, j’en prends le pari ! Le groupe réussit un mélange presque parfait avec ces arabesques de guitares, cuivres, violons, trompettes, chœurs somptueux, toujours légers et discrets, en pleine vague cold wave quand même !!! Leurs pop songs plongeant dans les mélodies dignes des Beatles (grosse influence) pourtant magnifiquement arrangées n'ont pas réussi à s'imposer entre la noirceur de Cure ou des Sisters Of Mercy et les sonorités synthétiques de New Order ou de Depeche Mode. Dommage. Après le fantastique Pacific Street en 84, le 2e, From Across the Kitchen Table paraît l’année suivante. Les Pale Fountains ne proposent rien de bien novateur, juste des superbes chansons pop fraîches et percutantes, magnifiquement écrites, comme le firent en leur temps Love (avec lesquels la comparaison semble inévitable) et comme le feront peu après les La's ou les Housemartins, leurs héritiers assez directs, ça saute d’emblée aux oreilles. Difficile de mettre en avant un titre plus qu'un autre tant ce second album est superbe du début à la fin. On retiendra quand même l'incontournable Jean's not happening, qui sortira d'ailleurs en single mais n'entrera même pas dans les classements britanniques ! Faute de succès, le groupe s’est séparé en 87. Cet album n'a pris pas une ride en 20 ans, et mérite sa place aux cotés des grands disques de la pop anglaise des années 80 tels Ocean Rain des Bunnymen ou Stutter de James. Comme quoi, dans la pop, c’est bien plus la qualité de ce qu’on laisse à la postérité que la quantité qui est importante, les Pale Fountains en sont la preuve.

Un seul album suffit à marquer à l’histoire s’il est très bon, je pense par exemple à l’album éponyme des Modern Lovers, paru en 76 alors que le groupe n’existait déjà plus ! Aujourd’hui, c’est une pièce maîtresse du rock des seventies. Il faut parfois du temps, beaucoup de temps, pour que le talent soit reconnu mais aujourd’hui le groupe de Mick Head a des fans en France et même au Japon, peut-être plus qu’en Grande Bretagne d’ailleurs. Après ce 2e album l’année suivante qui n’a pas connu plus de succès, le groupe s’est séparé, les tensions et les abus des musiciens devenant de plus en plus ingérables. C’est ensuite que Mick Head et son frère John ont accompagné une de leurs idoles, Arthur Lee, lors de ses tentatives de come-back, avec leur nouveau groupe, Shack. Malheureusement, toujours dans l’indifférence la plus complète, le succès les a à nouveau fuis, le show business a ses raisons que la raison ignore souvent. Un album qu’on peut mettre au même niveau que le Steve McQueen de Prefab Sprout qui est pour moi un des meilleurs albums pop des années 80, la comparaison n’est pas usurpée ! Ces deux albums avec des bonus sont accompagnés de 2 CD de demos et de remixes pour prolonger le plaisir, et il est grand ! Redécouvrez les Pale Fountains. Juste dommage qu’il n’y ait pas un live inclus.

JOE-ROBERTS
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le 14 oct. 2025

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